Athlé

Josy, le luxembourgeois volant

31 août 2017, 22h34, la foule qui garnit les tribunes du stade Josy Barthel entre en fusion avec son équipe nationale de football. Le Luxembourg vient de battre la Biélorussie sur le score de 2 à 1 en phase de qualification pour le championnat du monde. L’exploit est retentissant, mais certainement en deçà de celui réalisé en 1952 par l’homme qui a donné son nom à l’enceinte sportive des Roud Léiwen.

Retour sur le parcours du seul médaillé d’or olympique luxembourgeois.

Pour beaucoup de résidents grand-ducaux, Josy Barthel ne demeure donc qu’un nom de stade. Pourtant, il est là pour rappeler à tout un peuple l’histoire d’un athlète singulier et héros des Jeux olympiques d’été de 1952 à Helsinki. Celle-là même d’une performance magistrale signée en 3 minutes et 45 secondes à l’Olympiastadion. Personne n’attendait un tel récital du natif de Mamer. Encore moins la fanfare officielle de la compétition, qui dut composer en catastrophe Ons Heemecht car elle ne l’avait pas prévu dans ses partitions. Ce couac n’enleva rien à la joie du coureur, ému aux larmes lors de la montée sur le podium. à ce jour, il figure comme l’unique sportif à avoir
ramené au Luxembourg le plus beau des métaux lors d’Olympiades.

Quel est donc le prélude de cette journée épique du 26 juillet 1952 ? Avant d’enfiler son maillot dans la capitale finlandaise, l’athlète — un brin chétif — d’1m73 et 68 kg ne possède pour seul fait d’armes qu’une neuvième place glanée aux Jeux de Londres en 1948. Très tôt, il démontre ses prédispositions dans le milieu de l’athlétisme en battant à 16 ans seulement des records sur 3 000, 5 000 et 10 000 mètres. De 1946 à 1956, il fut aussi sacré 11 fois d’affilée champion national. Il enrichira entre-temps son palmarès du titre mondial des étudiants en 1949 et en 1951. Malgré ce pedigree, il arrive aux Jeux d’Helsinki avec un statut d’outsider. Fort d’un sprint tonitruant dans les derniers hectomètres, il parviendra à faire mentir les pronostics en devançant l’Américain Bob McMillen et surtout l’Allemand Werner Lueg, ultra favori de la distance. Il coupe la ligne en premier pour un centième sur une allure folle et hérite alors du surnom « The Luxembourg Flyer ». Le dossard 406 vient d’entrer dans la cour des grands.

Loin des pistes, l’ingénieur diplômé d’Harvard enchaîna d’autres jolis succès. Président de la Fédération Luxembourgeoise d’Athlétisme pendant 10 ans, puis président du Comité Olympique National pendant 5 ans, il a surtout connu l’honneur d’être nommé ministre de l’Énergie, des Transports et de l’Environnement entre 1977 et 1984.

Modèle d’abnégation dans ses résultats sportifs mais aussi modèle de vie pour les futures générations lorsqu’on sait qu’il était issu d’un milieu modeste, voilà 25 ans que Josy Barthel s’est éteint.

C’était le 7 juillet 1992, et aujourd’hui encore, le sport luxembourgeois lui cherche un digne successeur.

La légende Barthel est écrite en lettres d’or pour l’éternité. Bien loin de n’être qu’un nom prêté à un stade national.

 

Texte : Jocelin Maire

Photos : INS