Rencontre

Matthieu Osch – Tout schuss en corée

Il n’a pas encore la vingtaine mais dévale déjà les pistes du monde avec brio. La tête pleine de rêves et d’ambition bien fixée sur les épaules, Matthieu Osch a subi avec maturité notre avalanche de questions. Entretien avec le seul athlète grand-ducal qualifié pour les Jeux olympiques d’hiver qui auront lieu en février prochain
à Pyeongchang (Corée du Sud).

 

MENTAL!
Matthieu, dis-nous tout, comment en es-tu venu au ski ?

MATTHIEU
Très naturellement, car le ski est une histoire de famille.
Mes grands-parents paternels étaient fous de montagne, et du coup
ils y ont emmené mon père et mon parrain dès leur plus jeune âge. Mon père et mon parrain étaient à fond dans ce sport et ont
commencé la compétition très jeunes. Mon père a participé
à quelques championnats du monde, il était logique qu’il nous
transmette sa passion à mon frère et moi.

 

MENTAL!
Tu parles de ton père qui t’a refilé le virus. Est-ce ton modèle ?

MATTHIEU
Forcément, car j’ai beaucoup appris de lui. Mon père a aussi participé à deux championnats du monde et compte à son palmarès plusieurs titres de champion du Luxembourg.


MENTAL!
À quel âge as-tu planté tes premiers bâtons dans la neige ?

MATTHIEU

J’ai appris le ski à 3 ans et j’ai commencé la compétition vers 8 ans. On peut dire que je suis né avec une combi de ski (rires).

MENTAL!
Tu as donc dévalé tes premières descentes à un âge précoce. Raconte-nous ton parcours.

MATTHIEU

Quand j’ai commencé le ski de compétition, je suis entré assez vite dans l’équipe nationale de la Fédération luxembourgeoise de ski.
Je participais à presque tous les stages fédéraux, et pendant les vacances d’hiver, je m’entraînais avec l’ESF de Courchevel parce que nous y passions toujours nos vacances en famille. À partir de 2008, la Fédération a commencé à organiser des entraînements indoor au Snowhall d’Amnéville. Ceux-ci m’ont permis de multiplier les entraînements de ski pendant toute l’année, même loin des montagnes. Aujourd’hui encore je profite de cette possibilité d’entraînement pendant la période estivale.

 

MENTAL!
Gardes-tu des attaches au Luxembourg ? À quelle fréquence reviens-tu au pays ?

MATTHIEU
Bien sûr, j’y suis né et j’y ai passé toute ma vie jusqu’à l’an passé.
Ma famille et beaucoup de mes amis luxembourgeois y vivent toujours. J’essaie d’y retourner deux fois par trimestre et pour les fêtes, comme Noël.

 

MENTAL!
Quelle est ton actualité ?

MATTHIEU
La saison de ski a repris fin octobre en Autriche et j’ai plusieurs jours d’entraînement sur pistes par semaine. Le programme de courses commence aussi à être bien chargé.

 

MENTAL!
Quels sont tes modèles dans le monde du ski ?

MATTHIEU
Un de mes modèles est évidemment Marc Girardelli, parce que, comme moi, il a couru pour le Luxembourg et a gagné cinq fois le classement général en coupe du monde. Un autre skieur m’inspire beaucoup : Marcel Hirscher, tant pour sa technique de ski que pour son physique et son mental. Je pense qu’il y a très peu de sportifs qui travaillent aussi dur que lui et qui skient avec autant de constance.

 

MENTAL!
Et qui t’inspire dans la vie de tous les jours ?

MATTHIEU
Arnold Schwarzenegger m’a toujours fasciné depuis mon enfance.
Pas spécialement pour son parcours sportif ou politique,
mais simplement parce qu’il a réussi à réaliser tous ses rêves grâce à une détermination infaillible. Dans le sport comme dans la vie quotidienne, la force d’un homme ne dépend pas de combien de coups il peut donner, mais de combien il peut en encaisser en se relevant
à chaque fois.


MENTAL!
Quelles études mènes-tu ?

MATTHIEU

En ce moment, je suis en dernière année de lycée et je passe le bac
en fin d’année scolaire.

 

MENTAL!
Comment as-tu atterri à Saalfelden ?

MATTHIEU

Depuis 2016, je réside et m’entraîne dans ce beau coin d’Autriche. C’est grâce au Comité olympique et sportif luxembourgeois et à mon ancienne école, le Sportlycée, qui ont pris contact avec l’organisation autrichienne NADA, qui aide les sportifs à combiner études et sports en Autriche.

 

MENTAL!
Comment s’est passée ton intégration en Autriche ?

MATTHIEU
Comme je suis d’un naturel plutôt ouvert, je n’ai eu aucun mal
à me faire des amis dès le début et à m’intégrer dans mon nouvel environnement. Ce qui était plus compliqué, c’était la langue. Parce que premièrement, ici, tous les cours sont en allemand, alors qu’au Luxembourg ils étaient majoritairement en français. Et deuxièmement, parce que les Autrichiens parlent un dialecte assez spécial auquel j’ai dû m’habituer.

 

MENTAL!
Ta journée type ?

MATTHIEU
Ça dépend de la saison de l’année. En été, nous avons école le matin tous les jours et l’après-midi entraînement physique. Ensuite, nous avons le dîner, et après, nous faisons nos devoirs. En automne, une semaine sur deux nous skions pendant 4 jours, et le vendredi nous suivons une scolarité normale. Tandis que la deuxième semaine est consacrée entièrement à nos études. En hiver, nous avons deux jours d’école par semaine et le reste est entièrement consacré au ski : entraînement et courses. Mais les courses étant la priorité pendant la période hivernale, nous ratons souvent les jours d’école prévus.

MENTAL!
Tu possèdes aussi un parcours brillant de volleyeur
qui t’a mené en équipe nationale…

MATTHIEU
Lorsque j’étais en 5e primaire, je suis passé, en dehors du ski, par d’autres sports comme l’athlétisme ou le foot. Mais ces derniers
ne me plaisaient pas vraiment. J’ai ensuite découvert le volley. C’était idéal parce que la préparation physique était similaire à celle du ski et ça me faisait aussi du bien de faire un sport d’équipe. Parce qu’en ski, on est tout seul dans le tracé et on doit avaler les défaites tout seul, alors qu’au volley, tout se partage en équipe. En plus j’ai eu la chance d’intégrer une bonne équipe, le CHEV Diekirch, où je jouais avec des joueurs plus âgés et plus expérimentés que moi. Ça m’a vraiment motivé, et j’ai pu acquérir beaucoup d’expérience en me mesurant aux meilleurs joueurs de volley du Luxembourg.

 

MENTAL!
Du coup, le choix n’a pas été trop difficile entre le volley
et le ski ? Pourquoi avoir au final privilégié le ski ?

MATTHIEU

Parce que chez nous, le ski de compétition, c’est une histoire de famille, comme je vous le disais précédemment. Très tôt, j’ai été pris de passion pour le slalom et cette passion était plus forte que tout. En plus je savais qu’en ski mes chances de progression et de participer à des courses importantes comme les championnats du monde ou les Jeux olympiques étaient bien plus grandes, car avant moi, des membres de ma famille avaient déjà pu participer à des championnats du monde.

 

MENTAL!
Si je te dis Pyeongchang…

MATTHIEU

Je répondrais que c’est un rêve d’enfant qui pourrait se réaliser.
C’est aussi un défi incroyable avec plein de nouvelles expériences
à la clé.

 

MENTAL!
Tu es quasi assuré de disputer les J.O. d’hiver.
Comment les prépares-tu ?

MATTHIEU
Vu que j’ai réussi les normes qualitatives en slalom très tôt dans la saison, cela me permet de me focaliser de manière plus sereine sur l’entraînement. Je serai ainsi au top de ma forme en février prochain. Je m’investis aussi beaucoup dans l’amélioration de mon niveau et mes points en géant. Avec de meilleurs points FIS, j’aurai un meilleur dossard au départ des courses, ce qui compte énormément au ski.

 

MENTAL!
Comment gères-tu cette excitation ?

MATTHIEU
Dans mon cas, elle est très positive et me pousse réellement à progresser et à repousser mes limites. J’adore !

 

MENTAL!
Depuis 1994 et les deux médailles d’argent de Marc Girardelli, plus aucun Luxembourgeois n’a ramené de médailles d’une Olympiade au Luxembourg. Que manque-t-il au Luxembourg, selon toi, pour en apporter de nouvelles ?

MATTHIEU
Au Luxembourg, le sport professionnel n’est pas encore au même niveau que dans les grandes nations. Il faut garder à l’esprit que
le Luxembourg est un pays de moins de 600 000 habitants, ce qui limite statistiquement le nombre de sportifs de haut niveau et donc
les chances de médailles. Je pense cependant que les choses sont
en train de changer et que le sport luxembourgeois commence
vraiment à se professionnaliser. Dans certains sports, les jeunes sportifs luxembourgeois peuvent déjà, avec les moyens mis à leur disposition, concourir avec les meilleurs du monde. Mais pour les Jeux olympiques, ne soyons pas trop exigeants ! De toute façon, le sport
de compétition de haut niveau ne doit et ne peut pas seulement exister à travers les trois places de podium…

Texte :

Jocelin Maire

Photos :

Olivier Minaire