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Gerson Rodrgues, décollage immédiat

Un temps freiné par des soucis liés à la discipline, Gerson Rodrigues est un talent brut qui peut enfin éclore. À 22 ans, celui qui a passé cet été la barrière du professionnalisme en rejoignant la deuxième division hollandaise semble avoir acquis la maturité nécessaire pour poursuivre son ascension. Retour sur son parcours et ses nouvelles ambitions.

Gerson Rodrigues aime aller vite. Le constat est le même, qu’il s’agisse d’évoquer la trajectoire récente de sa carrière ou de décrire la fulgurance de ses accélérations sur le terrain. Devenu international en mars dernier, professionnel en juin, le joueur du SC Telstar (deuxième division hollandaise) déborde d’ambition, malgré un début de carrière tortueux marqué par différents événements qui ont ralenti sa progression. «J’ai appris de mes erreurs. Si je n’étais pas passé par là, je ne serais pas l’homme que je suis aujourd’hui. Désormais je suis prêt. Prêt à aller plus haut et réaliser mes rêves», explique-t-il, affichant son sourire habituel, signe de sa décontraction naturelle que certains aiment à assimiler à de la désinvolture. Cheveux tressés, jean troué, grosses lunettes et chaussures montantes laquées : un look qui fait penser à Quavo, un membre des Migos, groupe de rap américain à la mode. Il traduit en fait l’attitude d’un jeune simple et attachant qui kiffe ce qui lui arrive. C’est avec sa bonne humeur caractéristique qu’il nous avait accordé un long entretien au début du mois de novembre dans lequel il était largement revenu sur son expérience aux Pays-Bas.
« Je suis dans ma bulle, je fais ce que j’ai toujours voulu faire. C’est joyeux ce que je vis, alors je le vis à fond. »

Gerson semble aujourd’hui avoir pris conscience que son énorme potentiel pourrait lui permettre d’aller visiter les étages supérieurs. Car le natif de Pragal, dans la banlieue de Lisbonne, passe un cap chaque année. À 19 ans, déjà, ses dreadlocks et ses jambes de feu allumaient les pelouses du pays. À Kayl, en promotion d’honneur, les qualités de celui qui avait passé trois ans de sa jeunesse au FC Metz frappaient déjà. « Je garde un très bon souvenir de Gerson, c’est un jeune joueur pétri de talent qui mettait l’ambiance dans le groupe », se souvient Ousmane Niabaly, capitaine de Kayl à l’époque. Il émerge l’année qui suit en division nationale avec le Racing avant d’exploser au Fola la saison dernière. « Gerson a énormément de qualités, il est rapide, il est technique, c’est un athlète. Il est vraiment capable de gestes hors du commun », constate encore Mehdi Kirch, l’indéboulonnable latéral gauche du Fola qui l’a côtoyé une saison.

C’est vrai, l’ailier d’origine cap-verdienne a de la dynamite dans les jambes et il aime enflammer les défenses, amateures ou professionnelles. Le latéral gauche du FC Metz Benoît Assou-Ekotto peut en témoigner. En septembre 2016, lors d’un match amical intense entre le Fola et le club grenat, le défenseur camerounais vivait un cauchemar pour son premier match dans sa nouvelle équipe, demandant même avec humour à son adversaire de changer de côté pour qu’il puisse respirer un peu.

Premier rugissement avec les Lions rouges

Le Fola obtenait un match nul flatteur mais mérité (3-3) et Gerson pouvait un peu plus se jauger et nourrir ses désirs d’ascension. Quelques mois plus tard, il avait l’occasion de se mesurer à des adversaires d’une autre trempe. Dans le viseur du sélectionneur
Luc Holtz depuis un moment, il était naturalisé fin mars et connaissait sa première cape internationale face à l’équipe de France, en même temps qu’un certain Kylian M’Bappé, entré en jeu deux minutes plus tôt au stade Josy Barthel. « J’ai été très bien intégré à la sélection. Je connaissais déjà la majorité des joueurs et ils étaient contents de me voir débarquer. »

Mais c’est à l’issue du match retour en France que le rasta a accru sa popularité. Qui ne se souvient pas de cette fameuse action où il scotche le défenseur français d’Arsenal, Laurent Koscielny, et manque de peu d’éteindre le stadium de Toulouse en envoyant son plat
du pied droit sur la base du poteau d’Hugo Lloris? Une action mémorable, dans un match nul historique face à l’équipe de France (0-0). Un bref aperçu de ses redoutables qualités de vitesseet d’explosivité qui font aujourd’hui les beaux jours du SC Telstar, le club de deuxième division hollandaise qu’il a rejoint à l’été, au terme d’un feuilleton houleux d’une dizaine de jours avec son désormais ex-club, le Fola. « Je n’ai pas de problème avec le Fola, nous sommes restés en bons termes », expliquait-il lorsqu’on le rencontrait au début du mois de novembre dans un hôtel chic de la capitale.

La veille, il avait joué une mi-temps avec la sélection, mais il n’avait eu besoin que d’un quart d’heure pour faire frémir la défense hongroise. Un appel tranchant sur la droite, une prise de balle éclair et un service millimétré pour mettre en orbite Joachim et lui permettre d’ouvrir le score. Ce jour-là, l’équipe nationale clôturait magnifiquement une année faste, en battant à Josy Barthel une pâle équipe de Hongrie (2-1), qui jouait 18 mois plus tôt l’Euro en France. « Je tire un bilan très positif de ma première année avec la sélection. On a montré de belles choses dans cette campagne de qualification
et on a obtenu de bons résultats en amical. Sur le plan personnel, c’est une superbe expérience de jouer contre la France, les Pays-Bas. J’ai beaucoup appris, j’ai pris du plaisir et j’espère encore donner le maximum pour la sélection. »

Nouvelle vie en Hollande

En attendant, il se concentre sur sa nouvelle vie dans son club du SC Telstar, basé dans la commune de Velsen, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest d’Amsterdam. Arrivé début juin dans un groupe qui ne compte que deux ou trois étrangers, il s’est rapidement imposé dans le onze de départ, faisant même trembler les filets dès son premier match face au FC Eindhoven (2-2). « Ici, tout va plus vite, tu sens la différence de rythme par rapport à la BGL Ligue. C’est un jeu tourné vers l’offensif et c’est ça qui me plaît. Tu joues contre les réserves de l’Ajax, du PSV, de l’AZ Alkmaar, contre de jeunes joueurs qui veulent se montrer. À chaque match, c’est une vraie bataille. »

Ses débuts prometteurs (trois buts en huit matches) n’ont pas laissé insensibles certaines écuries d’Eredivisie (première division hollandaise) et il n’exclut pas un départ dès l’hiver. Car Gerson ne compte pas s’arrêter là. Son passage au SC Telstar doit lui servir de tremplin. L’objectif était clair dès la signature, où il a signifié à ses dirigeants ses rêves d’ascension. « Je me sens bien ici, mais comme tous les joueurs professionnels, je veux aller plus haut. Je sais que j’en suis capable. Maintenant, c’est à moi de faire le boulot sur le terrain et les choses iront naturellement. »

Aller plus haut, il en a clairement les moyens. Épaulé par son conseiller et ami, il semble aujourd’hui bien accompagné et surtout conscient des sacrifices que demande la vie de footballeur professionnel. « À terme, on souhaite que Gerson rejoigne un club de première division européenne », confie son conseiller, dont la présence assure un équilibre certain. D’ailleurs, il ne cache pas que des contacts existent avec des clubs de première division, notamment en France. Mais sa priorité est d’enchaîner les matches et lorsqu’une offre arrive sur la table, c’est la question du temps de jeu qui est la première chose évoquée. Il ne serait pas étonnant de le voir rapidement rejoindre un club plus huppé, aux Pays-Bas, en France ou peut-être en Angleterre, où il rêve d’évoluer un jour. « Je n’ai pas fini de progresser. Je suis ambitieux, je veux voir jusqu’où je peux aller. » Encore une preuve que sa quête des sommets ne fait que commencer.

 

Texte : Yannis Bouaraba

Photos : Olivier  Minaire

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