Portrait

Micau Tavares, boxeur pressé

Passé professionnel à 31 ans après seulement quelques combats amateurs, Micau Tavares est un ovni de la boxe anglaise. De ses débuts en MMA à son passage au noble art, retour sur le parcours atypique d’un ambitieux du ring.

La boxe anglaise est un sport à deux vitesses. Loin des primes mirobolantes, de l’effervescence des grandes salles américaines et des pesées scénarisées, le boxeur lambda est anonyme et il ne vit pas de son sport, même s’il est professionnel. Le Luxembourg n’est pas une exception. Amilcar de Jésus  Monteiro Tavares l’a bien compris. D’une salle à l’autre, celui qui se fait appeler Micau poursuit son rêve, celui de faire carrière. Car le super-plume (-59 kg) a abandonné l’idée de remplir ses poches. Lui, qui paye ses gants, sa licence, ses déplacements et son entraîneur. “Je sais que je ne ferai pas fortune dans ce sport. Mais ce qui compte pour moi, c’est faire une belle carrière”. Un souhait rendu possible par son employeur, Emile Weber, qui lui octroie un congé personnel de quelques heures tous les jours pour qu’il puisse s’entraîner. Cinq ou six fois par semaine, il troque son uniforme de conducteur de minibus pour son t-shirt frappé du logo “Team Tavares”.

Ce mercredi, c’est dans la salle d’Hussigny, en France, qu’il va égoutter sa sueur. Quand il ne met pas les gants à l’Athletic Center de Luxembourg le mardi et le jeudi avec ses potes du MMA, c’est là qu’il  s’entraîne. Depuis le début de l’année, il est sous la houlette d’Alexis Wernet, ancien boxeur professionnel, récemment diplômé. C’est à lui que Micau a confié la tâche de lancer sa carrière, après une année 2017 qui l’a vu passer professionnel avec un manager suisse, après seulement une petite dizaine de combats amateurs. “Dans un autre pays, je n’aurais pas pu passer professionnel avec ce palmaresexplique Micau. C’est Toni Tibéri, Monsieur boxe au Luxembourg, qui lui a  fait confiance et permis d’obtenir une licence professionnelle malgré son manque d’expérience.

Aller-retour aux Pays-Bas pour mettre les gants

Micau a commencé par le MMA et dans l’octogone, on remarquait déjà sa droite. En 2015, il remporte son premier combat par K-O en Belgique. Quelques mois plus tard, il récidive en Suisse. Mais ses facilités avec les poings le dirigent naturellement vers l’anglaise où il débarque au club de Rumelange. Sept combats plus tard et une invincibilité préservée, il décide de tenter l’aventure professionnelle. “Je voulais aller voir plus haut, je n’en avais jamais assez”.

Il connaît en mars 2017 son premier combat pro, en France. Face à un adversaire jeune, mais plus expérimenté, il décroche une victoire avant la limite. Quelques mois plus tard, en décembre, il vit sa première défaite, par KO, elle aussi. Déterminé à finir l’année avec deux combats, il avait accepté de boxer en Welter (plusieurs catégories au-dessus de son poids de forme). Une erreur qu’il ne souhaite plus rééditer.  À l’entraînement, le regard noir, silencieux, il enchaine les exercices préparés par Alexis Wernet. Seul lui sait où il veut aller mais sa détermination est frappante. La Suisse, l’Allemagne, la France, Micau ne manque pas une seule occasion d’aller mettre les gants. Rien ne l’effraie, pas même un aller-retour à Rotterdam pour un combat d’exhibition de six minutes, pas comptabilisé dans le palmares.

Prochaine échéance en mai

Dans cette folle aventure, il peut compter sur un soutien de choix, sa femme Sofia. Elle a un rôle primordial dans l’équilibre de sa vie et il ne cache jamais sa reconnaissance envers elle. C’est elle qui l’a encouragé à poursuivre ses rêves, quitte à lâcher ses petits boulots du week-end, au début de sa carrière. “Elle était l’une des rares personnes à croire en moi” se souvient-t-il.  Selon son entraîneur, sa qualité première est sa détermination. Et quand on évoque son arrivée tardive dans la boxe et son âge avancé pour se lancer en pro, la réponse de son coin est cinglante. “Il a un avantage, il est frais. Tant physiquement que mentalement. Il est discipliné et il a des qualités physiques. On peut faire de belles choses”. Micau est un boxeur pressé. Il prépare déjà son prochain combat, en mai, à Dudelange, où il pourra peut-être déjà récolter les fruits de son travail. Rendez-vous pris.

 

 

 Micau Tavares

Catégorie: Super-plume (57,152 – 58,967 kg)

Palmares professionnel : 1V (KO), 1D (KO)

Prochain combat : Le 5 mai à Dudelange

 

 

 

Texte: Yannis Bouaraba

Photos: Olivier Minaire