À 35 ans, Tania Fernandes Morais est l’unique femme arbitre internationale du Luxembourg. Rencontre de caractère avec cette garante des lois du jeu.
Les footeux du pays ont pris l’habitude de voir cette petite silhouette féminine débarquer sur le terrain avec son sifflet et son badge FIFA solidement fixé sur la poche gauche du maillot. Elle, c’est Tania, 35 ans, dont près de dix-sept à arbitrer du ballon rond dans tout le pays. “Mes deux frères étaient arbitres, ce sont eux qui m’ont incité à essayer” raconte l’intéressée, qui jouait alors au FC Mamer quand elle a compris que pour aller plus haut dans l’arbitrage, il faudrait qu’elle arrête de taper dans la balle pour se consacrer exclusivement au sifflet. Son double statut s’arrête en 2009. La joueuse n’est plus qu’arbitre. Deux ans plus tard, elle est arbitre assistante lors de la finale de la Coupe du Luxembourg et elle reçoit son fameux badge FIFA, qui l’a consacre arbitre internationale. Un premier accomplissement.
Derrière le sourire large que Tania affiche ostensiblement lorsqu’elle raconte sa passion pour le sifflet, se cache une parfaite connaissance des lois du jeu, une expérience cultivée à l’international et un caractère forgé par la volonté de s’affirmer comme une arbitre de talent dans un milieu d’hommes. “Au début c’était assez difficile, j’entendais beaucoup d’insultes sexistes, surtout de la part des spectateurs. Nous les femmes, nous devons prouver notre légitimité à être sur le terrain. Mais aujourd’hui, c’est différent”. Aujourd’hui, Tania est une arbitre respectée qui officie désormais en Division 1 au Luxembourg car les exigeants tests physiques pour arbitrer dans les étages supérieurs ont changé la donne. “Autrefois je pouvais arbitrer en BGL Ligue mais les standards de l’UEFA ont changé et je dois réussir des tests physiques pour arbitrer plus haut”.
C’est pour cette raison qu’elle s’entraîne cinq à six fois par semaine, en organisant judicieusement son temps, partagé avec sa profession d’experte en fiscalité, chez PWC. “J’ai un employeur assez flexible, ce qui me permet de m’entraîner et d’arbitrer à l’étranger”. Et lorsqu’elle doit s’absenter pendant plusieurs jours, elle pose des congés personnels. Car son statut d’arbitre internationale l’envoie arbitrer des matches de football féminin aux quatre coins du continent.

Quand il ne s’agit pas d’arbitrer, c’est à Nyon (Suisse) qu’elle se rend pour suivre des formations et des stages de perfectionnement où l’analyse video est reine. Non, le métier d’arbitre ne se résume pas à la simple connaissance les lois du jeu. Tania y travaille la psychologie, le positionnement, le langage corporel, un nombre important de paramètres que le joueur de football ou le spectateur lambda n’ont pas l’habitude de relever. “Il faut savoir garder la tête froide et gérer 22 caractères différents sur le terrain. Parfois je parle avec les joueurs, mais je n’ai pas à justifier toutes mes décisions !”. Et quand on cherche à savoir ce qui la motive à aller essuyer les protestations de joueurs ronchons, elle rétorque : ”C’est le challenge qui me passionne. Je veux démontrer qu’on peut être une femme et percer dans le milieu masculin”. Respect, Madame l’arbitre.
Yannis Bouaraba