Dimanche, Dudelange mettait une dérouillée à Rumelange (9-2), Perez rejoignait Lewandowski et Mbappé dans la caste des mecs qui claquent des quadruplés en une mi-temps et un gamin de vingt ans formé au club connaissait sa première titularisation en BGL Ligue. Jeudi face à l’Olympiakos, il sera assis sur le banc dans la peau d’un gardien numéro deux. Lui, c’est Enzo Esposito. Rencontre.
Le foot va vite. Très vite. Tellement vite qu’il est possible qu’une équipe mette dans les cages quatre gardiens différents en soixante-douze jours. Joubert, Frising, Bonnefoi et Esposito, dans l’ordre d’apparition. Le premier, Joubert, a bientôt la quarantaine et le dernier, Esposito a presque la moitié de son âge. Et quand le premier débutait à Dudelange en 2004, le dernier n’avait pas encore six ans. « Je l’ai déjà dit, c’est un peu mon modèle. Depuis que je suis petit je le vois dans les buts et plus jeune, je voulais m’entraîner à ses côtés » confie le gardien de vingt ans. Comme la beauté du foot est parfois sa tristesse, le gamin a profité de quelques coups de pouce du destin. Le tibia pété de Joubert contre Cluj, un règlement bizarre de la FLF empêchant Bonnefoi de jouer en championnat, et récemment une embrouille Toppmöller-Frising, ont propulsé le Enzo numéro un en championnat dimanche contre Rumelange, pour sa première en BGL Ligue. « Ça ne s’est pas exactement passé comme je le souhaitais (il a encaissé deux buts), mais j’ai pris beaucoup de plaisir et j’ai retrouvé des sensations qui m’avaient manquées. En 90 minutes, tu apprends beaucoup » assure le Dudelangeois.
Car Enzo est un enfant du club. Un mec de Dudelange, un vrai. Le genre de gars qui vient à l’entraînement à pieds et qui pourrait marcher les yeux fermés dans les bâtiments du stade Meyer. « C’est mon club de coeur, j’ai tout appris ici. Il m’a formé en tant que gardien mais aussi en tant qu’homme » sourit-il. Petit, c’est un problème d’asthme qui le contraint à se mettre dans le but. Trop vite essoufflé et un peu plus costaud que les jeunes de son âge, son papa le convainc d’être gardien. Il enfile les gants vers cinq ou six ans et se rappelle même de ses premiers arrêts, du pied. « C’est Loïc Mouny (un ancien joueur du F91 qui s’occupait des jeunes) qui m’a appris à plonger ». Après une pause de quelques mois due à des problèmes personnels, il reprend le chemin de l’entraînement avec ses potes en « scolaires », progresse au sein de la nouvelle académie au contact de Guy Hellers, Alvaro Da Cruz et d’autres et arrive en juniors avec un an d’avance, jusqu’à ce jour de 2014, où Luc Duville (entraîneur des gardiens) l’attrape dans les vestiaires pour lui dire qu’il ira s’entraîner avec l’équipe première. « J’étais super nerveux, je pensais que je n’étais pas encore prêt. D’habitude je les côtoyais de loin, je les voyais s’entraîner et je me disais que j’aimerais bien être un jour à leur place. Là, j’étais avec eux».
Il intègre le cadre A lors de la saison 2016/2017, signe son premier contrat à l’hiver et découvre à l’été le parfum de la Coupe d’Europe à Nicosie, quand le F91 dispute un deuxième tour de préliminaire de Champions League. Sur le banc lors du match historique à Cluj, Enzo a retrouvé son statut de numéro deux après avec l’arrivée de Landry Bonnefoi « C’est un super gardien qui a beaucoup de vécu au plus haut niveau ». En attendant, il s’est fait plaisir en s’échauffant à Séville dans le bouillant Benito-Villamarin. « Je profite de ces moments. Je suis jeune, je suis conscient de la chance que j’ai. Quand tu es troisième gardien, tu sais que tu ne vas pas beaucoup jouer. Tu dois être patient, travailler à l’entraînement et apprendre de tes aînés » analyse le jeune. Et son apprentissage s’est accéléré ces derniers jours. Le lendemain de la défaite contre la Jeunesse, Dino Toppmöller annonçait à son groupe que Frising était écarté et qu’Enzo Esposito serait titulaire en championnat. Ce jeudi, il sera sur le banc d’un match de poules d’Europa League pour la première fois. Prêt à rentrer, car le foot va tellement vite…
Yannis Bouaraba
