Bien connu des pelouses du pays, Ilies Haddadji n’a pas encore 30 ans mais il a déjà endossé le costume de directeur sportif du FC Schifflange 95 avec des ambitions bien claires. Le joueur formé au FC Metz et passé par Dudelange et Mondorf raconte les contours du projet.
Ilies, parle-nous de cette révolution douce que vous préparez à Schifflange…
Je parlerais plutôt d’une revue d’objectifs possible grâce à un apport d’expérience sportive. Le club doit mieux se structurer et cela résulte de différents constats qui ont été faits. Le principal étant que Schifflange n’est pas à la place où il devrait être et que pour accéder à un palier supérieur, il fallait plus de rigueur, plus de discipline et plus d’expérience. Il y a une vraie envie de passer un palier. On va structurer un club, au-delà d’une équipe senior, et on va faire en sorte que les gens soient fiers de porter ce maillot et que cette fierté soit contagieuse au-delà des “frontières” du Sud.
Pourquoi Schifflange et pas un autre club ?
J’étais encore joueur il y a quelques mois et pendant mon prêt à Schifflange, Yannick s’occupait de la partie coaching, mais aussi du recrutement. Ça s’est fait naturellement, il a pensé à moi, on a discuté du projet et des ambitions. J’ai rencontré le président et les personnes du comité et ça me plaisait. Pour moi, c’était le bon moment pour faire une transition entre terrain et encadrement. Ça fait quelques années que je joue au Luxembourg, je pense avoir une bonne connaissance du pays, de ce qu’il peut apporter aux joueurs et ce que des joueurs peuvent apporter à des clubs du pays.
Concrètement, par quoi ton arrivée au club va-t-elle se traduire ?
La première pierre que j’ai essayé d’apporter à cet édifice concerne le recrutement. Il est différent des saisons précédentes car on a fait venir des personnes qui ont du vécu en BGL Ligue, en PH et en D1. On a évité de prendre des joueurs au super CV mais qu’on connaissait peu. On a pris des valeurs sûres, des joueurs qui se connaissent pour que l’osmose prenne. C’est un aspect stratégique du recrutement. La deuxième chose sur laquelle on va beaucoup travailler avec Yannick Leroy, c’est une coordination entre les équipes de jeunes et les seniors. On a envie qu’à tous les niveaux, les équipes jouent de la même manière. On veut développer une philosophie dès les plus petites catégories.
Qu’est-ce qui va changer en termes financiers ? Peut-on s’attendre à des investissements plus importants ?
Financièrement, on va faire le nécessaire pour avoir un budget supérieur. Il y aura un investissement sur les salaires, mais également des investissements qui seront faits à plus long terme sur les structures. Les relations avec la commune sont très bonnes et on espère qu’on aura son soutien pour pouvoir avoir un terrain à la hauteur. Si le club brille, la ville aussi.
Comment convaincre des joueurs de signer à Schifflange ?
Par le projet. En leur montrant que c’est quelque chose de sérieux. Je connais la plupart des joueurs, de près ou de loin. J’ai même joué avec certains. Le fait de voir que je m’investis dans le club leur a donné confiance. Tout le monde sait que Schifflange est aussi une ville de foot. Quand le club est structuré, on peut arriver à de belles choses.
Et si ça ne marche pas ?
On aimerait idéalement monter en Promotion d’Honneur dès la première saison, mais si on n’y arrive pas, ce ne sera pas un échec. Il y aura une remise en question, mais on aura appris des choses. L’objectif principal est que la dynamique soit positive et qu’on se rapproche le plus possible du haut de tableau pour que dans les deux ans, on soit montés. On va tout faire pour que les joueurs soient dans les meilleures conditions possibles, qu’ils se donnent à fond sur le terrain et qu’ils réalisent quelque chose de beau ensemble.
Tu es proche de Miralem Pjanic, qui a débuté ici. Quel rôle votre relation a-t-elle joué dans ton arrivée ici ? Est-ce que cela aurait pu être un autre club ?
C’est Schifflange, mais ça aurait aussi pu être un autre club. Mais peut-être que pour un autre club, je n’aurais pas réfléchi de la même manière. C’est un club qui est cher à « Miré » et oui, cela a pesé dans mon choix. L’une des premières choses que j’ai faites a été de lui téléphoner. On a discuté, il m’a conseillé. Il était content pour moi et aussi pour le club. Son conseil a été important pour moi. Ce n’est pas un club que je connais énormément, mais les personnes que j’y connais m’ont fait aimer le club. C’est aussi un choix du cœur.
Si on prend en compte la dimension affective, on peut dire que tu es investi d’une certaine mission…
C’est clair ! Je fonctionne beaucoup comme ça, avec la confiance et le respect mutuel. On veut des résultats rapidement, mais au-delà de ça, il y a des notions humaines d’abord, et si les gens veulent aller dans le même sens, ça se passera bien.
Miralem Pjanic envisage-t-il de vous soutenir également ?
Il pourrait. Le club lui tient a coeur. Il est présent physiquement pour le club et prend le temps d’échanger avec les gens du club. Le tournoi Miralem Pjanic organisé depuis maintenant deux ans et qui a connu sa deuxième édition ce week-end en est la preuve. Et plus le club grandira, plus son investissement direct ou indirect sera croissant. Aujourd’hui, nous voulons déjà nous prouver à nous-même que nous pouvons réussir ce projet ambitieux sans aide financière particulière.
En cas de nouveau transfert, le club pourrait encore bénéficier des indemnités de formation. C’est pour cet été ?
Aujourd’hui, il est très bien à la Juve et selon les dernières discussions que nous avons eues, il veut encore gagner des titres avec ce club. Et je le comprends, c’est compliqué de partir d’un club ou il y a des joueurs de classe mondiale à toutes les lignes. Peu de clubs en Europe peuvent offrir de meilleures perspectives que la Juve. Lui veut gagner la Champions League, à la Juve c’est possible. Après, le football va tellement vite, donc qui sait ?
J’ai eu quelques soucis avec mon genou à l’époque du FC Metz. Ce sont des problèmes handicapants à long terme. Lors des dernières années, je n’étais pas à 100% de mes possibilités. C’était assez pour continuer à prendre du plaisir, mais je voulais aussi penser à ma santé et c’était pour moi le bon moment.
Pourtant, tu aurais pu t’offrir encore une ou deux saisons avec Schifflange…
Oui, c’est vrai, j’aurais pu… J’y ai pensé aussi (sourire). Mais est-ce qu’un directeur sportif peut aussi être joueur ? Je pense qu’il ne faut pas mélanger.
Qu’est-ce qui te motive vraiment dans le rôle de directeur sportif ?
L’inconnu, c’est un challenge ! C’est vrai que c’est jeune, mais je vais découvrir autre chose. J’aime le contact humain, je vais pouvoir être dans le management avec les joueurs, comprendre leur situation. Mon passé de joueur est très proche, j’arriverai peut-être plus facilement à cerner les besoins des joueurs et à les aider. Ils vont être dans des états de forme différents, des états d’esprit parfois différents. Je n’aurais pas pu arrêter de jouer et ne pas rester dans le domaine. Je veux garder un pied dans le foot, c’est ma passion. J’en ai mangé toute ma vie et je veux que ça continue (rires) !
Tu as occupé plusieurs fonctions dans le secteur bancaire. Est-ce que le management sportif à un niveau plus haut peut t’intéresser un jour ?
Je suis quelqu’un qui aime le challenge, qui aime prendre du plaisir dans ce qu’il fait. Si je ne prends plus de plaisir, je change. Pour l’instant, je suis bien dans ce que je fais, j’arrive à gérer les deux comme il se doit et je pense qu’au Luxembourg, c’est tout à fait gérable. Mais on ne sait pas de quoi la vie est faite. Si un jour des opportunités qui me permettraient de prendre plus de plaisir dans le sport qu’en entreprise se présentent, pourquoi pas. Les clubs sont de plus en plus des petites entreprises et après tout, la frontière n’est vraiment pas loin.
Qu’est-ce que tu penses apporter au club ?
Mon objectif premier, c’est de réussir à structurer Schifflange et aller plus haut avec ce club. Je mettrai tous les moyens possibles en œuvre. Aujourd’hui, je n’ai encore rien fait, rien prouvé. Je veux être une plus-value pour Schifflange. Certains amis à moi m’ont demandé pourquoi je ne suis pas allé voir aux étages supérieurs. J’aime construire. Je préfère être dans un club où on va me faire confiance et où on va me donner les moyens de développer des choses. Il y a des personnes extraordinaires ici et c’est une grande richesse. Avec le comité, j’ai la possibilité de voir comment fonctionne un club d’un point de vue administratif et financier. Avec le coach, j’ai l’opportunité d’apprendre comment développer une philosophie de jeu chez les jeunes. Ce sont des choses que je n’aurais sûrement pas pu découvrir dans d’autres clubs.
On pourrait donc te voir un jour dirigeant de club ou entraîneur ?
Aujourd’hui, le poste de directeur sportif est celui où je me vois le mieux. Je vais apprendre à le connaître et il y a beaucoup de choses à apprendre. Entraîner, ça pourrait aussi m’intéresser, mais pas à court terme.
Propos recueillis par Yannis Bouaraba