Bertrand Crasson : « Je vais dire aux joueurs : amusez-vous !  »  

Europa Ligue / Saison 2019-2020 / APOEL Nicosie vs F91 Dudelange

Entraîneur intérimaire depuis deux semaines, Bertrand Crasson ne sait pas encore s’il sera confirmé au poste. En attendant et avant d’affronter Qarabag en Europa League, l’ancien international belge est revenu avec décontraction sur ses premiers pas dans la peau d’un coach principal.

Comment avez-vous appris que vous dirigeriez l’équipe pour le premier match d’Europa League?

Quand je suis arrivé, tout était nouveau pour moi  et ce changement faisait partie de la nouveauté, alors ça change pas grand chose à la manière avec laquelle j’a envie de travailler. C’était assez surprenant de tomber dans le bain directement. C’était le bain de l’Europa League avec un résultat inespéré. J’étais dans la situation d’un intérimaire et que je sois confirmé ou pas, il est important de continuer avec la même idée. Dans le football pro, tout est une question de résultat. On imagine continuer l’expérience mais je n’ai pas de revendication ni d’exigence. Je pense juste à bien faire mon travail.

Avez-vous pu parler à Emilio Ferrera depuis son départ?

Non, et ce n’est pas grave. Parfois dans la vie il y a des moments comme ça. J’étais fort occupé avec l’équipe et la préparation des matches qui se sont enchainées. Il y a du boulot a Dudelange! (rires). Le monde du foot est comme ça. J’étais aussi un petit peu surpris due son départ mais il a ses ses raisons. Moi je suis venu avec également l’ambition que je pourrais un jour être entraîneur principal. L’occasion s’est présentée plus tôt que prévu. Je suis là et on verra bien.

La prestation des joueurs vous a-t-elle surpris?

Oui forcément et pour plusieurs raisons. Par rapport à l’opposition déjà : l’Apoel Nicosie n’est pas n’importe qui. Et aussi par rapport à la réaction que les joueurs ont eu après ces fameuses dix minutes de flottement, ou de folie. On peut appeler ça comme ça, l’équipe a perdu les pédales. Mais ils ont réussi à retrouver leur calme et à revenir dans le match. Pas toutes les équipes sont capables de faire ça, surtout à l’extérieur. Pour ça je leur tire mon chapeau. C’est quelque chose dont ils vont sortir grandi. Il ne faut jamais rien lâcher. Les joueurs ont fait preuve d’une grande maturité.

Quelle était l’ambiance dans le groupe à votre arrivée?

C’était l’ambiance d’un groupe qui a un peu de peine en championnat, mais qui sait qu’il a même cette bouée de sauvetage qu’est l’Europa League. Je n’ai pas spécialement senti de stresse en arrivant. Cependant ce n’est pas simple de gérer un groupe aussi dense. Il y a onze joueurs qui débutent, cinq ou sept sur le banc, et beaucoup de déçus. C’est important de montrer que chacun à la chance de montrer ce qu’il vaut. Je trouve qu’Émilio Ferrera a fait du très bon travail,  il a qualifié l’équipe pour l’Europe. Il faut le souligner.

Que pensez-vous pouvoir apporter à vos joueurs?

Avec ces composantes, qui ne sont pas faciles, je veux essayer de faire le maximum pour aligner les meilleures équipes possibles en championnat en Coupe d’Europe. Nous voulons aller dans la bonne direction. Il est important que les joueurs comprennent les exigences du haut niveau. Dans l’entraînement et dans l’hygiène de vie, dans la manière de préparer les matches, l’attitude pendant le match. Je ne suis pas un gendarme mais le football est un monde impitoyable ou chaque détail compte pour gagner. Je peux peut-être apporter cela grâce à mon vécu de joueur. C’est le message.

Depuis Nicosie, il y a eu une victoire en coupe, la défaite à Pétange et le carton à Rosport. Comment jugez-vous ce bilan?

C’est vrai que la défaite à Pétange fait tâche. On joue tous les trois jours, c’est l’occasion de faire un peu tourner l’effectif. On joue jeudi, puis encore dimanche, je crois qu’il est un peu tôt pour tirer un bilan. On pourra peut-être faire le point pendant la trêve internationale. Mais pour le moment il faut me laisser le temps de découvrir tous les profils des joueurs disponibles. Je n’ai pas fait la préparation avec eux, cela nécessite du temps pour cerner mon effectif. Y’a pas mal de joueurs vous savez (rires).

Quelles sont vos premières impressions sur le championnat de BGL Ligue?

Nous avons rencontré des équipes de qualités. Certes, l’environnement des matches est particulier, il y a peu de monte au stade et ça pourrait laisser penser que le championnat est diminué mais ce n’est pas le cas. J’ai vu des matches de nos adversaires, et il y a de la qualité. Dudelange a bien sûr un excellent effectif, je suis enthousiaste car il y a moyen de faire du bon travail.

 

 

Dudelange joue le titre chaque saison. Avec 11 points de retard sur le leader, est-ce toujours l’objectif cette saison?

Oui! Pourquoi pas? On est au mois de septembre, il reste une vingtaine de matches. Il y a une certaine pression pour remporter le titre, oui, mais je reste extrêmement optimiste. C’est en  répétant les bonnes prestations qu’on peut y arriver. Quand on a un statut de champion du pays,  de participant à la Coupe d’Europe, il faut êtres très bon chaque semaine. La régularité dans les prestations, c’est ce qui fait la différences entre les bonnes équipes et les équipes normales. Si on arrive à faire ça, en étant réaliste et non arrogant, je crois que tout est encore possible. Vous connaissez le football non? Vous savez que tout est possible dans le football.

Que savez-vous de votre situation personnelle? Savez-vous si vous allez rester l’entraîneur numéro un?

Pour instant je continue. On ne me l’a pas communiqué officiellement mais pour le moment je continue. La direction attend de voir un peu. Je suis un inconnu dans cette fonction. J’ai commencé ce métier en Asie mais ici, on ne me connait pas. On attend de voir et c’est normal. Moi ça me gêne pas. Je continue. Je sais que j’ai le soutien de la direction et c’est tout ce qui compte pour l’instant.

Comment fait-on pour travailler sereinement dans ces conditions?

Je suis tout a fait serein. Je suis en contact régulier avec la direction.  Comme je vous ai dit, pour l’instant je continue. S’il doit y avoir des changements j’en serai averti. Mon objectif est de faire des résultats avec cette équipe. Je ne commence pas a faire des plan de carrière, tout peut changer d’une semaine à l’autre, dans le bon ou le mauvais sens. Il faut toujours rester humble, par rapport à sa situation dans le football. Regardez ce qui se passe avec Vincent Kompany à Anderlecht. On n’est pas grand chose dans ce milieu. On essaye de faire notre travail. Je n’ai pas de souci avec ça. J’essaye de rester le même, de bosser avec le staff et les joueurs de la meilleure manière. L’avenir et les  résultats en diront plus sur l’avenir.

Est-ce que la victoire à Nicosie a nourri des espoirs pour vous en Coupe d’Europe?

Je crois que le match de jeudi  face à Qarabag nous l’apprendra… J’ai été interrogé par des journaliste napolitains au sujet du match entre Genk et Napoli en Champions League mercredi. Ils m’ont également demandé ce qui se passait au Luxembourg avec Dudelange. Je leur ai dit qu’on s’amuse et qu’on n’a pas de pression. On est les petit, c’est une super aventure et on ne revendique rien. Pour nous, c’est exceptionnel. Et en plus, on est pris au sérieux maintenant.

Pourtant, une victoire jeudi et les perspectives de qualification pourraient être de plus en plus sérieuses…

Avec des si on est peu gagner l’Europa League vous savez! On a l’avantage de jouer chez nous et si Séville peut donner un coup de balai à Nicosie… Bon, si on doit faire quelque chose dans cette compétition, c’est jeudi,  c‘est vrai. Mais il n’y a aucune pression. Je vais dire aux joueurs «amusez-vous et jouez au football, montrez qui vous êtes ». C’est le message que je vais leur passer.

Pensez-vous avoir trouvé votre équipe type?

Non, je ne pense pas. On a une saison avec beaucoup de matches et on doit penser l’équipe au-delà d’un onze type. L’ossature existe et tout le monde la connait. Elle est faite de joueurs d’expérience, sans qui on ne peut pas faire de résultat sur le long terme. Il faut maintenant trouver une certaine régularité dans les résultats. Les jeunes joueurs ont tendance à être moins réguliers. Mais il apprennent.

Que savez-vous de votre adversaire azéri?

J’ai regardé un peu leurs matches et il m’en reste un à regarder. Je crois que c’est une équipe qui joue différemment à domicile et en déplacement. Ça peut nous aider dans la manière d’entamer le match. Mais je repète, on n’a pas d’obligation de résultat contre eux. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’on va leur mener la vie dure. Ils ne viendront pas chez nous en terrain conquis.

Recueilli par Yannis Bouaraba