Mis au placard à Dudelange pendant une saison, le joueur passé par les équipes de jeunes du Bayern Munich est en train de revivre avec Pétange. Et si le Titus impressionne depuis deux mois en BGL Ligue, c’est aussi un peu grâce à lui. Rencontre avec le meilleur milieu de terrain du moment, Yannick Kakoko. (Entretien à retrouver dans l’édition 8 de Dribble, disponible en kiosques)
Yannick, comment expliques-tu ton excellent début de saison avec Pétange?
Parce que l’environnement est propice. Je sens qu’on a confiance en moi, qu’on m’apprécie, pas seulement comme joueur mais aussi comme homme. Je sens du respect et cela donne encore plus envie de tout donner, d’être performant. Je crois que c’est l’une des raisons pour lesquelles ça marche bien pour l’instant.
Tu es arrivée à Dudelange à l’été 2018 après quelques années en première division polonaise. Tu n’as joué que trois matches en début de saison avant de disparaître totalement des radars. Tu n’étais pas non plus dans la liste pour l’Europa League. Pourquoi cela n’a pas marché selon toi?
C’est difficile à dire. Je suis arrivé dans un groupe de plus de trente joueurs et je n’étais pas un choix du coach. C’est difficile à expliquer, je n’ai jamais réellement eu ma chance. Aujourd’hui encore, je ne comprends pas pourquoi. Cela a été une période très difficile pour moi. On n’a jamais vraiment communiqué avec moi.
Pétange, c’était alors le meilleur endroit pour te relancer?
À Dudelange, Yassine (Benajiba) m’avait très bien accueilli depuis le premier jour. On parlait souvent, même quand je ne jouais plus. Il me connait, il connaissait mes qualités et la personne que je suis. Il a été à mes côtés du premier au dernier jour et c’est l’un des seuls qui a gardé confiance en moi. Quand il m’a fait cette proposition pour Pétange, je n’ai pas hésite une seule seconde… Je savais où j’allais.
Vous êtes premiers après huit journées. Pourquoi l’équipe tourne-t-elle aussi bien selon toi?
Pour commencer, il y a eu un bon recrutement. Yassine a fait un boulot très cohérent. Beaucoup de joueurs sont arrivés et on aurait pu penser qu’il nous faudrait du temps pour créer les automatismes mais les joueurs n’ont pas été choisis par hasard. En fonction de leur qualités bien sûr mais aussi en fonction de leur caractère et leur capacité à s’intégrer à ce collectif. Ensuite, il y a le boulot du staff depuis la préparation. Les coaches ont rapidement soudé le groupe. Depuis le premier jour, je sens que tout le monde est à fond dans le projet, tout le monde va dans le même sens. Et enfin, il faut louer la qualité de nos joueurs. Notamment Artur (Abreu), que beaucoup sous-estiment. Pour moi, c’est avec Danel Sinani le meilleur joueur du championnat…
Quelles sont clairement les ambitions de Pétange?
Comme le coach le dit toujours, on veut être dans le top 5. C’était l’objectif premier en début de saison. Mais, oui, il faut viser haut. On essaye de prendre les matches les uns après les autres et à ne pas penser trop vite à la suite. Il faut jouer chaque match comme une finale et c’est comme ça qu’on pourra continuer à faire des résultats.
Retrouver Dudelange (victoire 2-0), c’était quelque chose de particulier?
C’était « spécial » car j’ai joué contre des amis comme Mario Pokar, que je connais depuis 12 ans… On avait l’habitude de s’affronter dans les catégories de jeunes quand il jouait à Francfort. On a été boire un café la veille du match, je lui ai dit que j’allais le tacler (rires). Non, sérieusement, ce n’est pas une revanche du tout, je n’ai rien contre Dudelange. C’est un bon club, qui joue l’Europa League… J’ai abordé ce match de la même manière que les matches contre Rosport, Rodange ou les autres match précédents. J’étais content de gagner, c’est normal, car depuis que je suis tout petit, je joue pour gagner. Mais « spécial » est un mot trop fort.

À Dudelange, penses-tu qu’on s’est trompé avec toi?
On s’est trompé, je crois oui (rires). Les choix sportifs sont une choses, mais il y a aussi la dimension humaine qui compte. Certaines choses ne m’ont pas plues. Mais pour autant, il n’y avait aucun sentiment de revanche. Non, je ne veux pas parler de revanche. Comme je t’ai dit, j’ai joué ce match pour gagner, comme c’est le cas pour n’importe quel autre match. Là, c’était un match important pour nous, un moyen de nous tester contre un gros. Il fallait réussir cette semaine et on l’a fait.
Tu as eu un début de carrière très prometteur, entre le FC Metz et le Bayern Munich… Quels souvenirs gardes-tu de cette époque?
Au FC Metz d’abord, je partageais ma chambre avec Miralem Pjanic, la chambre 11 (rires). On s’écrit encore aujourd’hui. Puis le Bayern est venu me chercher. Ils m’ont fait visiter l’Allianz Arena et les infrastructures. Quand tu es un gosse de 16 ans, tu as des étoiles dans les yeux. À l’époque, le choix était très facile… Là-bas, j’ai vu ce que voulait dire leur célèbre devise « Mia San Mia » (Nous sommes nous). C’est d’abord une grande famille même si c’est un grand club européen. Et puis, dès ton premier jour, on t’apprend directement la mentalité de la « gagne ». On a tout de suite gagné la Coupe d’Allemagne contre Dortmund. Je jouais avec des joueurs comme Thomas Muller, Toni Kroos, Matts Hummels… Que des bons souvenirs, même si je n’ai pas décroché de contrat professionnel là-bas.
Tu dois forcément supporter le club aujourd’hui…
En Allemagne oui, je supporte le Bayern. J’ai passé de très bons moments là-bas. Mais je dois dire que je suis aussi un grand fan du Barça et de sa philosophie. J’ai toujours été inspiré par Xavi et Iniesta… Ce sont des joueurs que j’adorais vraiment.
Après l’Allemagne et la Suisse, tu es passé par la Pologne, où tu as gagné une Coupe nationale et la Super Coupe avec l’Arka Gdynia…
La Pologne fut l’une de mes meilleures expériences. C’était très difficile au début. C’était pour moi une toute autre culture, autre mentalité, autre façon de penser et de vivre. Le football est différent là-bas. C’était très physique. J’ai dû m’adapter à ce style de jeu. J’ai appris la langue et cela m’a aidé à m’intégrer. Tout est devenu plus simple, même sur le terrain. On a gagné deux trophées et aujourd’hui encore, certains fans m’envoient des messages. J’ai gardé une très bonne relation avec tout le monde là-bas.
À 29 ans, tu as déjà pas mal bougé dans ta carrière : l’Allemagne, la Suisse et la Pologne. Le Luxembourg est-il ta dernière étape?
Avec ces expériences, j’ai appris à prendre les choses étape par étape. J’ai un contrat de trois ans à Pétange et mon projet, c’est celui du club. Rapprocher le club du haut de classement de BGL Ligue est un projet excitant.
Quel regard portes-tu sur ta carrière?
Je suis content car j’ai fait connu belles expériences,. J’ai beaucoup appris comme joueur et comme être humain. On peut dire que cela m’a façonné. C’est une carrière faite de hauts et de bas. J’ai connu des conditions excellentes au Bayern puis un retour à la réalité dans des clubs plus « normaux ». J’ai découvert de nouveaux pays, de nouvelles cultures et de nouvelles langues. J’ai joué puis j’ai moins joué, je me suis blessé… Tout cela permet de garder les pieds sur terre et de rester humble. Aujourd’hui je suis content d’être sur le terrain et d’être au coeur d’un beau projet avec des gens de valeurs.
Entretien réalisé par Yannis Bouaraba
Photos : Albert Krier
