Nom bien connu au pays mais joueur parfois sous-côté, Artur Abreu éclabousse de sa classe ce début de championnat de BGL Ligue. Et si le nom du capitaine de Pétange est en pleine lumière en ce moment, tout n’a pas toujours été facile pour celui qui à 25 ans, rêve encore d’une chance professionnelle. (Un article à retrouver également dans la 9e édition du magazine Dribble, disponible en kiosques.)
Il est à l’aise pour slalomer dans les défenses mais son parcours aussi a quelque chose de sinueux. Enfant de Differdange né à Niederkorn, formé dans la Cité de Fer et qui n’a pas réussi à percer dans son club de coeur, Artur Abreu a dû s’exporter pour rayonner. Aujourd’hui, l’élégant ailier gauche est le capitaine d’une équipe de Pétange qui va au minimum se mêler à la bagarre pour le podium, si ce n’est pour le titre, mais il est aussi l’une des meilleures gâchettes du championnat avec déjà un meilleur total que la saison passée (8 buts). De quoi se mettre modestement à rêver d’Europe avec son club, mais aussi faire revivre l’espoir d’une chance professionnelle qu’il a déjà effleurée en 2017-2018, quand le Vitoria Guimaraes vient le chercher à Pétange pour jouer dans son équipe réserve. Après quelques semaines à l’essai en hiver, il rejoint le club portugais l’été suivant pour une saison. Douze mois en Liga Pro (D2 portugaise) où il fréquente des jeunes pépites comme Joao Felix (Benfica), Ferro (Benfica) ou Dalot (Porto) et où il apprend l’exigence des étages supérieurs dans un pays qu’il affectionne, sans cependant s’entraîner avec l’équipe première. « C’est sur le plan tactique que j’ai le plus appris. Il faut être plus intelligent, il y a plus de rythme et d’intensité et tu n’as pas le temps de te retourner comme c’est parfois le cas ici… » raconte le joueur de 25 ans qui a fait toute sa jeunesse à Differdange, au FC D03.
En junior déjà, il décroche quelques entraînements avec l’équipe première du FCD 03 qu’il finit par intégrer. Mais à 19 ans, il n’entre pas dans les plans de Michel Le Flochmoan et le club décide de le prêter. Entre Lamadeleine et le Luna Oberkorn, en Division 1, Artur choisit la proximité. Direction l’équipe qui partage ses installations avec le club phare de la ville à l’époque. Un an plus tard, c’est le retour à la maison, sous les ordres de Marc Thomé, un coach pour qui le joueur va compter et qui n’hésite pas à le surnommer le « petit Johan Cruyff ». « C’est un coach qui m’a marqué car il avait vraiment confiance en moi, alors que le club voulait encore me prêter. Je me souviens du premier match de championnat à Esch contre la Jeunesse. J’étais sur le banc et il m’a fait rentrer dès la première mi-temps ». À la vingtaine après 14 matches de BGL Ligue, Abreu décide de lancer sa carrière en rejoignant l’Union Titus Pétange, qui vient de faire fusionner le CS Pétange et le Titus Lamadeleine. À l’époque, quitter son club formateur est un petit déchirement, une décision difficile à prendre là où il était persuadé de pouvoir s’imposer un jour.

Avec Pétange, il arrache la montée en BGL Ligue au cours d’une saison où il fait parler les chiffres (11 buts, 8 passes). Il fait encore mieux la saison suivante dans l’élite (12 buts, 11 passes) et séduit le Vitoria Guimaraes, dont les émissaires s’étaient déplacés au Luxembourg, à la suite d’un accord signé avec le club. La suite, tout le monde la connait. Une année de découverte au Portugal, qui ne lui permet pas d’accéder à l’équipe A. « Certains ont réussi à intégrer l’effectif professionnel, mais ils jouaient à d’autres postes et ils étaient vraiment très forts. Pour moi, c’était encore un peu juste » se souvient-il. Retour à la réalité du Luxembourg, une autre petite épreuve mentale à surmonter. Celle de passer du confort d’un centre d’entraînement moderne avec des billards à perte de vue, au terrain annexe du stade Municipal de Pétange. Celle d’une petite pression aussi. Passer un an en D2 portugaise, cela doit se voir sur le terrain. « Les gens avaient plus d’attentes, ils pensaient que j’allais claquer des triplés à chaque match » s’amuse-t-il. Il ne plantera finalement que deux doublés la saison dernière et avec huit buts et quatre passes dans une équipe qui se placera dans le ventre mou de la BGL Ligue (8e).
Le moment venu pour le club de changer d’orientation, placer Benajiba et son flair en tant que directeur sportif, rajeunir son effectif et viser plus haut, avec toujours à sa tête Carlos Fangueiro, lui-meme ancien joueur de Guimaraes. Le résultat actuel se mesure en points, (28 points sur 33), et la forme d’Artur en buts (8 buts et 3 passes en 11 matches). Des buts, des passes, et des prestations qui viennent alimenter un débat qui n’existait pas il y a une dizaine d’années. Dans cette nouvelle ère où les footballeurs luxembourgeois professionnels sont de plus en plus nombreux à l’étranger, un joueur du championnat national peut-il être international ? Les cas sont rares mais ils existent. Outre la doublure Ralph Schon (Strassen) au poste de gardien et un Danel Sinani (Dudelange) qui ne sera probablement bientôt plus un joueur « local », l’increvable Dan Da Mota (Racing) n’a jamais quitté le Luxembourg. Ce qui n’a pas empêché Luc Holtz de lui donner deux fois plus d’une demi-heure de jeu face au Portugal et au Danemark, les deux derniers matches internationaux des Roud Léiwen. À 34 ans et avec pas loin de cent sélections, l’ailier gauche ne devrait pas s’éterniser en équipe nationale. S’il conserve son niveau de performance, son potentiel remplaçant est tout trouvé…
Yannis Bouaraba
Photos: Albert Krier
