Il y a 40 ans, l’Aris Bonnevoie accueillait le FC Barcelone au deuxième tour de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe et le but égalisateur d’un gamin de 20 ans allait faire chavirer le stade municipal. Un moment rare dont l’attaquant n’a rien oublié.
C’est le sourire aux lèvres, les yeux pleins de nostalgie et avec un plaisir non dissimulé que Jacques Mathes raconte l’épopée européenne de son équipe de l’Aris Bonnevoie en 1979. Battu en finale de la Coupe nationale après prolongations par les Red Boys Differdange (4-1), champions et déjà qualifiés pour la Coupe d’Europe des clubs champions, le club du quartier de la capitale se voit offrir le droit de s’aligner au premier tour de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe. Un petit rêve pour le septième du championnat de Division Nationale.
Un autre monde
En septembre 1979, face aux Finlandais de Lahti au premier tour, les Luxembourgeois créent la sensation en gagnant les deux confrontations sur la plus courte des marges (1-0). « C’était déjà un grand exploit pour nous ! Au retour, c’est Jean Colling qui marque le but. Ça ne lui arrivait jamais de marquer. Dans les vestiaires, on a fêté la victoire avec des bières mais il n’avait pas l’habitude de boire. En moins d’un quart d’heure, il était déjà ivre » se remémore-t-il en riant. À l’époque, Jacques Mathes n’a que 20 ans et vient tout juste d’être transféré de Wormeldange, un pensionnaire de Division 1. Une anecdote à la hauteur de l’esprit aventureux de cette bande d’amateurs qui tape le cuir trois fois par semaine et va jouer les huitièmes de finale d’une Coupe européenne. Mais au tour suivant, quelques semaines plus tard, l’adversaire est d’un autre monde.

Mercredi 24 octobre 1979, le stade national est bien rempli pour voir les Blancs de l’Aris Bonnevoie donner le coup d’envoi d’un match improbable contre le FC Barcelone. À l’époque où ils débarquent au Grand-Duché, les Blaugrana pèsent déjà neuf titres de champion d’Espagne, 18 Copa del Rey et ils viennent de remporter en mai la première compétition européenne de leur histoire : la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe face au Fortuna Düsseldorf.
Dans leurs rangs, il y a les Migueli, Carles Rexach, Juan Manuel Asensi ou encore Hans Krankl… Et face aux monstres catalans, les joueurs de l’Aris Bonnevoie s’appellent Jean Schiltz, Romain Schumacher, Guy Weis, André Vandivinit ou Jacques Mathes. Alors étudiant, ce dernier se souvient de l’ambiance au tirage au sort :
« Il restait deux ou trois petits poucets, pas plus. On savait que c’était notre dernier match de la compétition, alors on espérait tous tirer un gros club. On était tous heureux de tomber sur le Barça, mais plus le match se rapprochait, plus on devenait nerveux. »
Pour l’occasion, le club luxembourgeois s’est engagé à payer les jours de congés pris par ses joueurs, qui ont eu le droit à une mise au vert, dès la veille du match, à l’Institut National des Sports. Le jour J, sur le terrain, on est loin de la balade de santé annoncée. En première mi-temps, les petits amateurs luxembourgeois résistent comme des lions et rentrent aux vestiaires avec un score nul et vierge. C’est finalement l’international danois Allan Simonsen, en reprenant un bon centre de Canito qui va faire craquer une première fois Claude Birenbaum (0-1, 53e). Dans la foulée, l’Espagnol Landaburu frappe la barre (63e) luxembourgeoise.
Trop fort
Au moment où on croit la machine lancée pour de bon, le temps va s’arrêter. Sur la gauche, une longue ouverture du capitaine luxembourgeois Guy Weis va trouver le jeune Jacques Mathes, dont la reprise du plat du pied droit vient tromper Amigo sur sa droite (1-1, 64e). Grâce à un but du droit de son jeune attaquant gaucher, l’Aris arrache une égalisation inattendue qui va faire monter une immense clameur dans le petit stade municipal et ses 6.000 âmes.
Vont suivre quelques secondes d’exaltation que ni le buteur, ni les joueurs ne pourront décrire.
« Je ne savais plus où j’étais, j’étais sur un nuage. Je ne me souviens même plus de comment j’ai célébré mais je sais que je n’ai pas fait de grands gestes. C’était un moment très intense, quelque chose de trop fort pour moi. »

L’euphorie sera de courte durée. Poussés par ce but égalisateur, les locaux vont se découvrir et se faire punir par Carles Rexach en contre-attaque. Il aura suffi de deux minutes pour redescendre du nuage. Deux autres buts de Simonsen donnent un score final plus logique (1-4). Au match retour, devant les 60.000 spectateurs du Camp Nou, le score sera encore plus dur (7-1) mais n’enlèvera rien au charme d’une aventure inoubliable. Trente ans après ce match, plusieurs joueurs de l’équipe se sont rassemblés pour célébrer ce souvenir.
« C’est fou, mais on me parle encore de ce but aujourd’hui. Des gens que je rencontre par hasard autour des terrains ou ailleurs, quand ils apprennent mon nom, me disent : ‘C’est pas vous qui avez marqué contre Barcelone ? J’étais au stade !’ » confie-t-il au sujet de ce qu’il décrit sans jamais hésiter comme le plus grand moment de sa vie sportive.
Yannis Bouaraba
Huitièmes de finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de coupe 1979-1980
Aris Bonnevoie 1-4 FC Barcelone
24/10/1979
Aris Bonnevoie : Birenbaum-Fandel, Baus, Tullius, Colling-Weber, Weis, Vandivinit-Mathes, Kalte (Bamberg 80e), Schiltz
Entraîneur : Alfred Sbroglia
FC Barcelone : Amigo- Serrat, Migueli, Sanchez, Canito-Landaburu, Rexach, Asensi-Zuviria, Simonsen, Carrasco
Entraîneur : Joaquim Rifé
Stade municipal : 6.000 spectateurs
Score à la mi-temps: 0-0
Buteurs : Simonsen (53e, 77e, 90e), Mathes (64e), Rexach (66e)
Évolution du score : 0-1, 1-1, 1-2, 1-3, 1-4
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FC Barcelone 7-1 Aris Bonnevoie
7/11/1979
Aris Bonnevoie : Birenbaum-Fandel, Baus, Tullius, Colling-Weber, Vandivinit, Weis (Schiltz 45e)-Kalte (Schumacher 61e), Bamberg, Mathes
Entraîneur : Alfred Sbroglia
FC Barcelone : Garcia-Migueli (Costa 46e), De la Cruz, Sanchez (Serrat 21e), Olmo-Landaburu, Canito, Zuviria-Krankl, Heredia, Carrasco
Entraîneur : Joaquim Rifé
Camp Nou : 60.000 spectateurs
Score à la mi-temps: 4-0
Buteurs : Krankl (14e, 27e, 44e), Heredia (16e, 56e), Tullius (47e), Carrasco (57e), Canito (82e)
Évolution du score : 1-0, 2-0, 3-0, 4-0, 4-1, 5-1, 6-1, 7-1
