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© Olivier Minaire

Athlétisme

Bob Bertemes : « Passer les qualifications, c’est le but »

L’attente interminable des Jeux olympiques de Tokyo, reportés de 2020 à 2021 en raison du Covid, est bientôt terminée, pour le plus grand plaisir de Bob Bertemes. Qualifié pour sa première olympiade, le lanceur de poids s’avance vers la capitale nipponne sans pression, et veut savourer l’instant.

Bob, au fur et à mesure que se rapproche l’échéance, est-ce que l’impatience de disputer vos premiers Jeux olympiques commence à pointer le bout de son nez ?

Ça approche, mais je ne ressens pas encore de pression à vrai dire. Mais le problème se situe plutôt autour de la préparation, car on ne sait pas ce qu’on pourra faire une fois là-bas, si on pourra s’entraîner, faire ceci ou cela… Je sais que Heinz (Thews, ndlr) va partir là-bas plus tôt pour se renseigner et savoir si on a accès à des salles de musculation, par exemple. En fonction de tout cela, on va voir à quelle date on part.

Revenons un peu en arrière, pourquoi avez-vous choisi le lancer du poids et pas une autre des disciplines du lancer ?

Quand j’avais 13 ou 14 ans, j’ai testé tous les lancers, sauf le marteau. Javelot, disque, poids… Les trois m’intéressaient, mais je progressais bien au poids, alors j’ai préféré cela. Quand on lance plus loin, on a forcément plus d’intérêt. Je suis resté au poids ensuite. Le marteau, j’avais essayé une fois en interclubs, mais je suis plutôt lancer du disque, comme il y a aussi des rotations. D’un côté, c’est sympa de regarder les meilleurs lanceurs, mais au niveau de la taille, pour le javelot et le disque, je suis trop petit.

À quel âge avez-vous commencé le poids ?

Peut-être à l’âge de 10 ans, à l’occasion du challenge Tageblatt. Mais je n’ai pas lancé loin (rires).

Il y a d’autres sportifs dans votre famille ?

Mes deux parents jouaient au handball, mon frère et ma sœur faisaient de l’athlétisme. Mon frère a cinq ans de plus que moi, et quand j’étais petit, j’ai suivi ses traces en faisant de l’athlé.

Sur une semaine, que représente le volume d’entraînement d’un lanceur de poids ?

L’hiver, c’est la période la plus dure pour nous, car il y a une grosse charge de travail niveau musculation et on lance beaucoup, deux fois par jour. Le lundi matin, je fais mes lancers, environ 30 essais ; ensuite, on fait de la medicine ball ou du franchissement de haies, des petits sprints… Puis l’après-midi, c’est reparti avec les lancers, avec une vingtaine d’essais environ. Et enfin c’est muscu, avec deux exercices principaux, et je fais toujours des squats entre ces exercices. Le but n’est pas de devenir fort, fort, fort, mais faire des petits sauts, cela aide aussi pour garder de l’explosivité. Ça prend toujours du temps.

Le lancer de poids n’est donc pas qu’une affaire de force…

En fait, on travaille pour avoir des muscles forts, mais aussi de l’élasticité, bien explosifs. On a juste un petit cercle pour faire accélérer le poids à une vitesse maximale, c’est pour cela qu’il faut être rapide. Être très vite et très fort, c’est très technique.

Jusqu’ici, vous avez plutôt été épargné par les blessures importantes ?

À chaque fois, c’était des trucs un peu « con ». En faisant des sauts à l’entraînement, je suis parfois tombé en arrière sur le dos, je m’étais fait une petite déchirure à l’épaule. Une fois, j’ai eu aussi une petite déchirure aux ischios, mais jamais rien de cassé. Des accidents un peu maladroits (rires). Mais tant mieux, car si on se fait vraiment mal, c’est énormément difficile de retrouver le même niveau.

Avant de démarrer un concours, vous avez un rituel ? Ou la superstition, ce n’est pas votre truc ?

Quand j’étais plus jeune, oui. Les jours de compétition, c’était énormément de stress, même pour ma mère. Je me levais le matin, je devais toujours manger la même chose, porter le même pantalon, etc. Maintenant, je vois les choses différemment en prenant de l’âge, j’ai envie de faire de bonnes compétitions, de prendre du plaisir, de lancer loin et de faire de bons résultats. Je suis plutôt relax avant la compétition. C’est mieux comme ça, y compris pour ma mère (rires).

Qu’est-ce qui vous motive, jour après jour, dans la pratique de votre sport ?

C’est une bonne question ! Mais je pense que c’est l’envie d’accomplir quelque chose, c’est très profond en moi. Parfois, je me pose la même question en hiver, quand je vais à l’entraînement (rires). Ce n’est pas toujours facile et je me dis : « Mais pourquoi tu fais tout ce bazar ? », ou « Pourquoi t’as pas fait attention à l’école ? », mais ça passe très vite. Ça me donne toujours envie, même après des années. Aujourd’hui, il fait beau, il fait chaud, je vais aller lancer et je me dis que ça va être cool. On peut rigoler à droite, à gauche, et aussi lancer loin.

Atteindre les Jeux olympiques, c’est déjà un très bel accomplissement dans la carrière d’un sportif, mais le rêve ultime, ce serait d’atteindre la finale du lancer du poids ?

Bien sûr. Pour moi, c’est les premiers Jeux olympiques, et c’est un bon challenge de tenter de rejoindre la finale. Je n’ai jamais réussi à le faire lors des championnats du monde, et réussir à le faire aux JO ce serait hyper cool. Je ne peux pas dire que ce sera facile d’y arriver, ce sera beaucoup de stress. Passer les qualifications, c’est vraiment le but.

À quelle distance se jouera cette place en finale, selon vous ?

Je dirais environ 22 mètres ou au début des 23 mètres. Il y a tellement de niveau et de bons athlètes partout. Avant, c’était souvent les Américains, mais maintenant, en Europe, il y a beaucoup de monde qui lance très, très loin. D’un côté c’est hyper intéressant, mais parfois c’est très chiant, car je me dis que je devrais changer de discipline (rires). Mais, à mon avis, cela va être très serré pour rejoindre la finale. Aujourd’hui, chaque pays a un lanceur qui lance plus loin que 21 mètres, avant c’était plus rare. C’est un niveau très élevé. Partout en athlétisme, les disciplines évoluent rapidement, c’est incroyable.

Entretien réalisé en juin 2021, et issu de Mental! #15 spécial Jeux olympiques

Date de publication: 30 juillet 2021

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