Attractivité : Expérience spectateur

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Expérience spectateur
©Charlene Roncalli

Les affluences n’ont jamais remonté depuis la pandémie. Qu’elles sont loin les années fastes où tout le village venait assister aux exploits des locaux le dimanche après-midi… Passionnés, nouvelle génération, supporters : malgré les trésors d’ingéniosité des clubs, tous les voyants sont au rouge. Pourquoi les spectateurs boudent-ils nos terrains ?

Lorsqu’on se penche sur la problématique de l’attractivité de nos championnats et qu’on interroge les présidents de club sur le sujet, la question de l’expérience spectateur est incontournable. On peut retourner le problème dans tous les sens, les stades sont vides.

Certes il en reste un ou deux à avoir une jauge satisfaisante, mais quand les historiques comme Dudelange ou le Fola peinent à attirer 500 spectateurs, on est en droit de se demander où le bât blesse. Les retransmissions ? Anecdotiques d’après les chiffres de l’ancien diffuseur que nous avons pu nous procurer. La programmation ? Les matchs décalés sont parfois l’occasion de faire le plein mais les rencontres dominicales sont une institution et programmer une affiche en même temps qu’un match de Bundesliga ou de Premier League est à double tranchant… L’aspect sociétal, avec une génération voûtée sur son cellulaire qui peinerait à sortir découvrir les joies du monde réel ? Pourtant la jeunesse est plutôt visible dans nos stades, ce sont justement les 25-45 ans qui sont les moins représentés. Le foot ne jouit-il plus de l’image populaire de partage et de communion d’autrefois ? Il n’est surtout pas aidé par l’ensemble de l’expérience spectateur proposée.

Infrastructures inadaptées

Car presque systématiquement l’apanage des communes qui ont autorité pour toutes les décisions concernant les enceintes sportives, nos infrastructures sont l’un des maillons faibles d’un pays connu pour sa richesse, ce qui explique la vétusté de certaines installations. Même si la modernisation est au cœur des débats, comme à Strassen où un tout nouveau stade devrait voir le jour pour le début de la saison prochaine, les écrins actuels sont rarement à la hauteur des ambitions sportives de nos clubs. Hormis le stade municipal de Differdange et Emile Mayrisch à Esch-sur-Alzette, les enceintes homologuées pour recevoir des rencontres internationales ne sont pas légion. Les clubs tentent alors de s’en sortir avec des pelouses au moins satisfaisantes, comme au Holleschbierg ou à Wiltz, où les complexes modernes offrent la possibilité aux spectateurs de se sentir plus à l’aise. À l’instar de Käerjeng ou Bissen, pensionnaires de Promotion d’Honneur mais des exemples à suivre en la matière. D’autres, à l’image du F91, entendent d’abord moderniser leurs tribunes et leur buvette en accord avec la commune et sous des investissements conséquents. L’objectif à terme : offrir une expérience plus à même d’attirer un public de moins en moins enclin à se déplacer au stade. Car il y a du foot de haut niveau partout : sur les chaînes de télévision, sur les réseaux sociaux. Alors pourquoi venir et dépenser son argent…

Rapport qualité/prix en berne

Pour 10 à 15 euros, à quelle prestation peut prétendre un spectateur de la BGL Ligue ? Au mieux une place assise en tribunes sur un siège en plastique à peu près abrité de la pluie, face au panneau d’affichage à LED. Au pire une place debout dans le vent. La boisson n’est pas comprise dans le prix du billet. Au contraire, il faut bien souvent créditer une somme sur carton pour accéder à la buvette. Pour assister à un jeu souvent haché, avec des joueurs venus de tous horizons. À peine un jeune prodige nait-il que déjà il s’exile en pro. 

L’ambiance alors ? Quelques groupes font figure d’irréductibles pour animer les débats. Les Angry Goats de Mondorf comme les Ultras Diff assurent le spectacle pendant 90 minutes : une trentaine de passionnés dévoués corps et âmes, chants et fumigènes à leur club. Et quand cela ne suffit pas à Rosport, les Spartinaïkos viennent prêter leurs voix. Mais les ambiances de BGL Ligue sont à l’aune de son image. Et quand on sait qu’à ce tarif-là, un jeune peut assister à un match de Ligue 2 dans un stade de 30.000 places à moins d’une heure de route vers le sud… Que pour 10€, n’importe qui peut aller voir le quart de finale de Youth League entre le VB Stuttgart et le FC Barcelona au GAZi Stadion et assister à l’éclosion des futurs grands talents mondiaux…

Bonne volonté… chacun de son côté

Le plus frappant (et rageant) reste que certains clubs ont visiblement bien compris les enjeux d’un renouvellement et désirent pieusement accorder plus d’importance à l’expérience spectateur. Le Progrès essaie de transformer chaque rencontre en spectacle en s’inspirant du voisin messin, quitte à emprunter son artiste maison pour une collab’. La Jeunesse veut en finir avec le XXe siècle en proposant un service de livraison de restauration dans le stade ou une billetterie en ligne. Le Fola continue de capitaliser sur le bénévolat tout en reprenant à son compte l’idée d’un business club pour renflouer ses caisses. Le Swift poursuit sur sa lignée d’investir dans des top players, chez les hommes comme chez les dames, pour sortir du lot et arriver à percer en campagne européenne, voire signer le jackpot avec un Rayan Philippe.

Mais toutes ces initiatives isolées ne bénéficient pas d’un réel élan collectif insufflé par la Ligue. Quant à la fédération, elle botte en touche, elle qui ne veut pas avoir vocation à se préoccuper du championnat. Sans lui confier réellement de responsabilités ni de subventions, une ligue sans argent est une ligue sans pouvoir. Et inversement. Elle a beau porter le nom d’un sponsor, elle n’est même pas en mesure ni en volonté de s’engager sur un quelconque paiement pour assurer sa diffusion. Pour le spectateur, l’ensemble laisse une impression d’immense gâchis, dans l’amateurisme et l’indifférence générale.

Car les idées ne manquent pas. Les déclarations d’intention non plus. Tous saluent les rares progrès quand ils sont accomplis. Mais il est bien plus facile de parler que de concrétiser par un soutien financier, politique ou logistique une véritable stratégie de croissance.

Marco Noel

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