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Euro 2020

Angleterre 1-1 Danemark (2-1 AP) : l'analyse tactique

Hier soir, se jouait la seconde demi-finale de cet Euro 2020 qui, décidemment, restera inédit jusqu’au bout puisque c’est l’Angleterre qui disputera, face à l’Italie, sa première finale de Championnat d’Europe des Nations. Alors oui, avouons-le, on espérait voir le Danemark continuer d’écrire cette belle histoire qu’était la sienne, ce doux rêve commencé une fois que Christian Eriksen était tiré d’affaire pour de bon.

Mais à Wembley, les Danois ont compris que la vie n’était pas un rêve ! La vie c’est 50 000 Anglais trempés de sueur et parfois de bière qui hurlent dans un stade pour pousser leur équipe. Et pour bien accentuer ce mélodrame, quoi de mieux qu’une défaite sur un pénalty douteux validé par la VAR, repoussé héroïquement par son gardien et repris par le tireur ? Allez… on arrête de plaindre les Danois car les Anglais ont clairement mérité leur victoire. A travers cette analyse, nous allons voir comment les joueurs de Southgate ont évolué pour faire la différence et à quel moment le Danemark a « accepté » la domination de son adversaire.

Les deux clés offensives de l’Angleterre : les décrochages d’Harry Kane et la vitesse des joueurs de côté.

Gareth Southgate proposait son système de jeu habituel : un 4-2-3-1 avec Mason Mount en meneur de jeu. D’entrée, on a pu observer que les Anglais mettaient beaucoup d’intensité offensive en maintenant leur bloc haut et en mettant la pression sur les Danois. Pendant les 15 premières minutes, l’Angleterre étouffait son adversaire en appliquant un contre-pressing à chaque perte de balle. Après ce temps fort, les Anglais ont baissé d’intensité et ont été soumis, à leur tour, à un pressing des Danois qui ont donc remonté leur bloc. Cette période, allant de la 15ème à la 45ème minute, sera la seule où les Anglais seront moins bien, avec un bloc plus bas concédant beaucoup de fautes. Ils se feront d’ailleurs punir sur un coup-franc direct, lui-même obtenu à la suite d’un autre coup-franc (0-1, 30ème, Damsgaard).

Au retour des vestiaires, les Three Lions ont repris comme ils avaient commencé : avec beaucoup d’impact et de vitesse dans le jeu. Mais, cette fois, il n’y a pas eu de temps faible, car les Anglais ont réussi à maintenir cette intensité. Notons que cela n’a pas toujours été le cas lors de leurs derniers matchs. Les Anglais ont majoritairement réussi à mettre en difficulté la défense danoise en deux étapes :

1. Une relance verticale vers un décrochage d’Harry Kane.
2. Une passe de Kane vers des joueurs ayant déjà déclenché leurs appels et donc recevant le ballon en pleine vitesse.

Premièrement, mettons en avant l’intelligence des appels d’Harry Kane qui lui permettront, 4 fois sur 5, d’être assez démarqué pour pouvoir se retourner avec le ballon et déclencher une passe vers l’avant. Deuxièmement, on aura pu observer cette capacité qu’ont eu les offensifs Anglais à se mettre en mouvement avant que Kane reçoive le ballon. Une preuve que les phases de jeu des Three Lions n’étaient pas dues au hasard. Nous rentrerons dans les détails des limites défensives du bloc danois dans le chapitre suivant mais il semble que ces failles, et notamment son manque de mobilité, avaient été identifiées par Gareth Southgate et son staff.

Le CSC de Simon Kjaer illustre parfaitement le travail et la répétition des phases offensives à l’entrainement. (1-1, 39ème) L’action commence par la 1ère verticale de Kyle Walker vers un nouveau décrochage d’Harry Kane qui pourra contrôler, et lancer l’ailier droit et passeur décisif Bukayo Saka. Ce qu’il faut relever, c’est que Saka a déclenché son appel au moment de la passe de… Kyle Walker. C’est ce qui lui a permis de prendre (ce qui a rarement été le cas) de l’avance sur le latéral gauche Danois. Idem à l’opposé, pour Raheem Sterling, dont l‘avance sur la défense adverse traduit un appel déclenché très tôt.

Face à une défense centrale à 3, les Anglais ont donc beaucoup utilisé les côtés, et ce, de façon différente :

- Côté gauche : Avec la complémentarité de l’ailier et de son latéral Luke Shaw dont la participation offensive est toujours importante.
- Côté droit : Avec le travail « isolé » de percussion de l’ailier (Saka puis Sterling) qui sera plutôt aidé par un joueur axial puisque Kyle Walker ne montait pratiquement jamais.

C’est d’ailleurs du côté droit que viendra le pénalty victorieux obtenu grâce à une nouvelle percée d’un Sterling beaucoup trop vif pour la défense danoise. (2-1, Kane, 104ème) L’attaquant de Manchester City sauvera d’ailleurs son match, grâce à cette action, après avoir vendangé un nombre important d’occasions franches. En résumé, les Anglais ont pris le match en main et ont affiché une maitrise qui a forcé les Danois à accepter cette supériorité. Ils méritent donc amplement leur victoire.

Danemark : Le sélectionneur n’a-t-il pas manqué d’ambition en acceptant la domination des Anglais ?

Kasper Hjumland proposait une nouvelle fois un système de jeu en 5-2-3 avec son duo de milieux axiaux à tout faire : Delaney-Hojbjerg. Ouvrons tout de suite une parenthèse concernant ces deux joueurs qui totalisent à eux deux pas moins de 8 poumons. On les a vu défendre, ratisser des ballons, se projeter vers l’avant, se projeter sur les côtés, terminer les actions… Si avoir un couteau suisse rend une mission survie en forêt bien plus facile, en avoir deux peut transformer cette mission en une promenade de santé ! Parenthèse fermée. Le bloc danois a fait ses preuves, tout au long de la compétition, en affichant une grosse solidité défensive. On a pu le constater lors du 1er temps fort anglais, jusqu’à la 15ème minute. On a senti que les Danois avaient anticipé cette pression anglaise puisque c’est à ce moment qu’ils ont déclenché leur 1er pressing haut et remonté leur bloc. Une stratégie qui fonctionnait à merveille puisque les joueurs de Hjumland ouvraient le score à la 30ème minute et convertissaient, eux, leur temps fort. 

En seconde période, les Danois reprenaient avec un bloc bas et s’imaginaient peut-être que, comme en 1ère mi-temps, les Anglais baisseraient le curseur d’intensité au bout de 15 minutes. Mais, cela n’est pas arrivé et la défense danoise était de plus en plus mise en difficulté par les décrochages d’Harry Kane ainsi que dans la gestion de la vitesse des attaquants anglais. Ce type d’action a remis en lumière les limites de cette stratégie défensive. En effet, dans l’analyse du quart de finale Danemark-Rep.Techèque publiée le 04 Juillet, nous avions mis en avant le fait que lorsque les milieux Delaney et Hojbjerg montaient sur le porteur de balle, leurs 3 défenseurs centraux ne les suivaient pas et avaient tendance à reculer. Hier soir, cela créait donc un espace important entre la défense et le milieu qui facilitait les décrochages d’Harry Kane. Pour corriger cela, Kasper Hjumland a choisi de sortir un attaquant pour le remplacer par un 3ème milieu axial auquel il a donné un rôle de sentinelle dans le but de sécuriser la zone de décrochage de Kane. (65ème, Dolberg remplacé par Norgaard). La première conséquence de ce choix a été la baisse du niveau d’influence offensive du Danemark. En effet, Braithwate et Poulsen ont eu beaucoup de mal à exister en évoluant à deux devant. Continuant d’être solides défensivement, les relanceurs danois avaient perdu, avec la sortie de Dolberg, une solution de relance. Les Anglais récupéraient donc immédiatement le ballon et repartaient à l’assaut. De plus, nous avons pu observer que Kane a décroché plus bas et a tout de même réussi à déclencher de nouvelles attaques placées.

Ne pesant plus du tout offensivement, les Danois ont donc passé leur match en apnée jusqu’au pénalty anglais. Après ce but, le sélectionneur danois est d’ailleurs repassé dans son système de départ, en 5-2-3 pour tenter de ramener le danger dans la surface de Pickford. Il est bien plus facile de donner son avis, après coup, devant sa télé bien assis sur son canapé. Mais on peut se demander ce qui se serait passé si Kasper Hjumland, au lieu d’effectuer ce changement tactique, avait simplement demandé à sa défense de suivre les montées de ses milieux et donc de gérer elle-même les décrochages d’Harry Kane. Nous pouvons imaginer la difficulté de Hjumland à prendre une décision rapide et dépendante d’une multitude de facteurs comme le degré de fatigue de ses joueurs, les blessures, le profil de chacun d’entre eux… le tout en subissant une pression énorme. Et pourtant, même en étant totalement dominés, les Danois perdront cette rencontre sur un pénalty litigieux, ce qui mettra une nouvelle fois en lumière leur caractère et un collectif qui aura fait leur force pendant toute la compétition. Des qualités qui auront fait de ce groupe un acteur majeur de l’Euro 2020.

Thomas Fullenwarth

Date de publication: 08 juillet 2021

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