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Euro 2020

France 3-3 Suisse (4-5 aux TAB) : l'analyse tactique

Lorsque l’on prend du recul sur ces huitièmes de finale, on constate que, si les favoris des matchs se sont qualifiés, aucun match n’a été facile. Il était donc écrit que la France ne dérogerait pas à la règle et devrait livrer une vraie bataille pour accéder aux quarts de finale de cet Euro 2020. Les Français sont tombés sur une équipe de Suisse, bien préparée, qui les a mis en difficulté sur des principes de jeu basiques sans révolutionner le football.

Didier Deschamps a, quant à lui, révolutionné son groupe en le faisant évoluer dans un 5-3-2 qui n’a pas fonctionné. S’il y’a eu un avant et un après ce 5-3-2, il y’a surtout eu un avant et un après l’arrêt du pénalty suisse par Hugo Lloris. Maintenant, il est très important de préciser que les buts encaissés par les joueurs français n’ont pas été causé par le système de jeu de leur coach mais par leurs erreurs individuelles récurrentes. A ce niveau, que l’on évolue en 5-3-2, en 4-3-3, en 4-4-2 ou en 6-3-1, ne pas sortir sur le centreur, ne pas aller au duel aérien dans la surface, être à 2 mètres de son adversaire lorsque celui-ci frappe… ne permet pas d’espérer autre chose que de prendre des buts malheureusement identiques… On notera d’ailleurs que les Français ont encaissé plus de but en seconde période qu’en première. Et pourtant, la France a eu la chance de compenser ses erreurs défensives par son efficacité offensive en inscrivant 3 buts après avoir frappé 26 fois…Cela n’aura finalement pas suffi face à des Suisses plein de ressources mentales qui n’auront clairement pas volé leur qualification.

Quels ont été les signes du dysfonctionnement du 5-3-2 de Deschamps ?

Dès la 10ème minute, on a pu observer une ligne défensive française complètement bouleversée au sortir d’une action franche suisse. A la base, placés de droite à gauche, Pavard-Varane-Lenglet-Kimpembe-Rabiot, on s’est retrouvé après une longue phase de possession adverse avec, toujours de droite à gauche, Varane-Pavard-Kimpembe-Lenglet-Rabiot. En une dizaine de passes suisses, les Français se sont complètement désorganisés et cela a été le principal symptôme d’une équipe toujours loin du porteur de balle et donc avec des déplacements défensifs à contre-temps. Nous verrons dans le chapitre suivant comment les joueurs de la Nati ont procédé pour créer ces décalages. En phase défensive, le milieu français formait un triangle pointe basse :

- Pogba et Griezmann bloquaient les connexions de passes vers les deux milieux défensifs suisses Xhaka et Freuler
- Kanté, en sentinelle, au marquage du meneur de jeu Shaqiri

Malheureusement, la distance entre la ligne défensive et les deux attaquants est toujours restée trop importante et cela a créé des espaces, entre ces lignes, offrant aux Suisses des possibilités de passes verticales. Chaque relance verticale réussie désorganisait complètement les Français qui ne réussissaient que rarement à rattraper le décalage créé. On observait donc les joueurs de l’équipe de France effectuer des courses défensives bien plus longues que dans le cas d’un bloc bien en place et, donc, une consommation d’énergie très importante. Offensivement, les Français ont eu du mal à exister pour différentes raisons. La gestion défensive du milieu suisse forçait Pogba et Kanté à descendre chercher les ballons et à se sortir de l’axe du terrain. Aussi, cela forçait Antoine Griezmann à proposer une solution de relance verticale en décrochant et, donc, en s’éloignant de ses deux attaquants. De plus, la participation offensive des deux pistons latéraux, Pavard et Rabiot, restait rare. Cela forçait l’un des 2 attaquants, Benzema ou M’Bappé, à appeler les ballons sur un côté.
Lorsque cette passe arrivait, les Français se retrouvaient donc avec :

- Griezmann, ayant déclenché la passe, à 50 mètres du but suisse
- Un seul attaquant dans la surface adverse, parfois suivi par Kanté ou Pogba

Difficile, dès lors, d’espérer marquer un but sur une phase d’attaque placée.

La clé offensive suisse : les « triangles » créant perpétuellement des surnombres sur les côtés

Evoluant en 4-3-3, les joueurs du sélectionneur Petkovic n’ont donc pas révolutionné leurs habitudes et ont parfaitement utilisé le 5-3-2 français.Premièrement, on a pu assister à quelque chose que l’on n’a pas vu chez les Français en première période : le dépassement de fonction. Après chaque première relance réussie, on pouvait observer un mouvement perpétuel chez les joueurs participant à l’attaque placée. Les Suisses réussissaient souvent à faire la différence sur les côtés en formant un triangle serré entre le défenseur latéral, l’ailier et un milieu de terrain, le plus souvent sur le côté droit de la défense française. A chaque fois, cela créait un surnombre offensif (un 3 contre 2) qui, forcément, créait un décalage et obligeait Varane, puis Pogba, à venir aider Pavard et, donc, découvrir l’axe du terrain. Les deux premiers buts suisses sont quasiment identiques (0-1, 15ème et 3-2,81ème) Autant dans leur construction - Verticalité -> Décalage sur un côté -> Centre et but – que dans le manque d’agressivité défensive des Français. Le 3ème but (3-3, 90ème, Gavranovic) a aussi un point commun avec les deux buts de Benzema. Il est le fruit d’un pressing haut et d’une récupération convertie en but après une transition rapide.
Ce type d’action a aussi montré la limite défensive des Suisses. Ils ont été en difficulté, après le pénalty arrêté par Lloris et donc le temps fort Français, lorsque les joueurs de Deschamps ont appliqué un contre-pressing haut. Cela a causé des erreurs de relance qui, pour la première fois, ont déséquilibré leur bloc et qui ont directement été punies.

La seconde période de l’équipe de France : Nouveau système, temps fort mais fébrilité défensive chronique

 

Logiquement, Didier Deschamps changeait son système de jeu et passait en 4-4-2 en décalant Griezmann à droite et en faisant entrer Coman à gauche. On a tout de suite senti que ce changement tactique permettait aux Français d’être plus à l’aise dans leurs phases offensives et donc de mettre plus de pression sur le bloc suisse. Seulement, ce changement ne masquait pas la fébrilité défensive des Bleus illustrée par le pénalty de Benjamin Pavard qui taclera l’ailier suisse après avoir couru à côté de lui depuis… la ligne médiane !

Le pénalty arrêté par Hugo Lloris a clairement été le tournant du match de l’équipe de France car il semble avoir assommé une Nati qui pensait avoir tué le match. Cet arrêt a aussi fait pousser des ailes aux Français qui ont monté leur bloc et ont mis de l’intensité dans leurs attaques placées. Avec cette hauteur de bloc, les Français ont enfin appliqué un contre-pressing à la perte de balle dans les 30 mètres adverses. Cette pression a provoqué des erreurs de relances de la défense suisse, sa désorganisation et donc des décalages qui ont amené les deux buts de Benzema coup sur coup. Menés, les attaquants suisses ont été obligés de presser plus haut et on a pu observer une Nati coupée en deux.
Sur son but, Paul Pogba récupère d’ailleurs un renvoi de la défense suisse en étant assez seul du fait du non-replacement des attaquants suisses sortant d’un pressing à 70 mètres de leur but. (3-1, 74ème, Pogba) Malheureusement, les Français se feront encore punir par deux erreurs défensives qui ne peuvent être qu’inacceptables à ce niveau, et encore plus après leur première mi-temps.

- 3-2, 81ème, Severovic : Après une relance verticale et un décalage sur le côté, le centreur n’est pas attaqué et trouve la tête de l’attaquant, seul entre Varane et Kimpembe -> Copie conforme du 1er but !
- 3-3, 90ème, Gavranovic : Si la perte de balle est « excusable » par la qualité du pressing suisse, le buteur est trouvé 5 mètres devant la charnière centrale française et peut déclencher sa frappe sans pression.

Sur l’ensemble du match, le score nul n’est donc pas illogique. L’épreuve des tirs aux buts et les joueurs qui en ont eu assez dans le short pour tirer, ne peut (et ne doit) en aucun cas donner lieu à quelque analyse ou jugement.

Thomas Fullenwarth

Date de publication: 29 juin 2021

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