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Euro 2020

France - Allemagne : l'analyse tactique

Pour ce premier choc de l'Euro 2020, la France et l'Allemagne s'affrontaient dans le groupe F ô combien périlleux. Une rencontre finalement remportée par les hommes de Didier Deschamps, et qui nous aura offert une belle guerre physique, mentale mais aussi tactique. Décryptage de cette dernière :

Allemagne 0-1 France

Ce Mardi soir, l’Allemagne et la France, deux gros morceaux de cet Euro 2020, se rencontraient sur le terrain de l’Allianz Arena, antre du Bayern Munich. Logiques favorites de ce groupe, sans faire offense aux tenants du titre portugais, on pouvait s’attendre à une rencontre tendue voire prudente de la part des deux nations, qui allait se jouer sur un ou deux détails. Ce match pourrait étrangement nous rappeler le quart de finale aller de Champions League 2021 entre le Bayern et le PSG. Avec un PSG (l’équipe de France) choisissant de subir défensivement et de rapidement ressortir le ballon pour prendre de vitesse la défense allemande. Et un Bayern Munich (l’équipe d’Allemagne) avec la possession, mettant un maximum de pression sur la défense française par des centres ou des combinaisons de passes axiales dans les 20 derniers mètres. A ce petit jeu, ce sont les Français qui repartiront avec les 3 points, ce qui les rapproche déjà de la qualification en huitièmes. Les Allemands ont, quant à eux, grillé leur joker.

La clé du jeu allemand : La verticalité offensive et, défensivement, un contre-pressing agressif

Avant de débriefer le jeu allemand, ayons une pensée émue pour Joachim Löw. Parce que croiser le regard, à chaque fois qu’il se retourne vers la tribune, du type qui le remplacera à la fin de cet Euro, Hansi Flick, et qui accompagne la délégation allemande (pourquoi ?), est un boulet au pied dont Löw se serait bien passé. Imaginez-vous, au boulot, passer votre dernier mois de préavis avec le souffle de votre successeur sur votre nuque à chaque mail envoyé…Séchons cette larme qui coule lentement le long de notre joue et parlons du jeu de la Mannschaft.

Joachim Löw proposait donc un système en 5-2-3 avec deux pistons sur les côtés : Kimmich à droite et Gosens à gauche. Cette saison, on aura pu observer Chelsea jouer de la sorte. On peut imaginer que l’utilisation de ces deux pistons, pour utiliser au maximum la largeur du terrain, aura forcé Didier Deschamps à abandonner son idée de système en 4-4-2 avec le milieu en losange. Offensivement donc, et comme évoqué dans l’intro de cette analyse, on a pu voir des similitudes avec le jeu du Bayern (Hansi Flick dans les tribunes ? Coïncidence ?). Blague à part, les Allemands terminaient leurs attaques placées de deux façons :

- Par un centre, de l’un des deux pistons, déclenché à partir des 30 derniers mètres adverses. On s’est notamment régalé avec la patte droite de Kimmich.
- Par des combinaisons de passes courtes et rapides au sol entre le trio Muller-Gnabry-Havertz

Le point commun de la majorité ces phases de jeu était leur déclencheur : Toni Kroos qui recherchait toujours cette première relance verticale au sol vers l’un de ses 3 attaquants. Ensuite, le receveur décalait l’un de ses pistons ou bien combinait avec ses deux compères offensifs. Ces deux types d’attaques ont souvent été mis en échec par l’agressivité positive des (onze) défenseurs français. On notera également, parfois, le manque de présence dans la surface à la réception des centres de Kimmich et Gosens. On pourra également reprocher aux entrants offensifs - Werner, Sané et Volland - de n’avoir apporté aucune plus-value (voire même de la moins-value) par rapport aux joueurs remplacés. La Mannschaft a donc eu la possession du ballon (62% et 692 passes) et le fait de ne pas avoir réussi à concrétiser ses périodes de possession (10 tirs pour 1 cadré) constitue un échec.
Défensivement, à la perte du ballon, les Allemands déclenchaient systématiquement un contre-pressing très agressif. Celui-ci était obligatoire pour deux raisons :

- Tuer dans l’œuf une éventuelle contre-attaque française
- Ne pas se faire punir par la vitesse des attaquants français bien plus rapides que le trio Rudiger-Hummels-Ginter

Les joueurs de Löw ont récupéré un bon nombre de ballons de cette façon engendrant quelques temps forts comme celui du début de seconde période (50-65ème). Seulement, quand les Français réussissaient à se sortir de ce contre-pressing, les Allemands n’arrivaient pas à rattraper leur retard défensif. La phase de jeu amenant le CSC de Hummels (0-1, 20ème) en est l’illustration, même s’il ne résulte pas d’un contre. En effet, sur la touche de Pavard, on peut observer Rudiger s’éliminer tout seul en sortant de sa zone défensive pour garder un marquage qu’il aurait du passer au coéquipier déjà présent sur la partie du terrain concernée. Ce déplacement va créer un décalage qui ne sera jamais rattrapé et qui forcera, à la fin de l’action, Hummels à pousser le ballon dans la lucarne de Neuer.

La clé du jeu français : Discipline défensive, récupération et transition rapide + utilisation de la largeur en attaque placée

Ahhhh, il nous faisait saliver ce 4-4-2, avec un milieu en losange et le duo M’Bappé-Benzema, de ces deux matchs amicaux ! Mais face à ce 5-2-3 adverse, Didier Deschamps s’est adapté et a retrouvé un 4-3-3 qui a permis de gérer plus facilement l’utilisation allemande de la largeur. On le sait : un milieu en losange force les deux milieux plus excentrés à beaucoup défendre sur les côtés et, souvent en retard, laisser le défenseur latéral en 1 contre 1 face à son adversaire. Lors des deux matchs de préparation (Pays de Galles et Bulgarie), on a pu voir quelques difficultés défensives dans ces situations. Il était difficilement concevable de prendre de tels risques face à l’Allemagne.
On a donc pu observer, pendant toute la rencontre, les efforts des attaquants français pour venir soutenir leurs défenseurs latéraux dans la gestion des montées des pistons allemands. Mention spéciale à Antoine Griezmann qui, lui, aura fait ces efforts de la première à la dernière seconde. Comme évoqué plus tôt, la France a joué sur sa principale qualité depuis quelques années et le coaching Deschamps : la discipline défensive collective. Elle a plié mais n’a pas rompue. Les Français ont eu une possession assez faible (38%) et ont donc peu procédé en attaques placées. Lorsque cela est arrivé, et pour contourner la défense centrale à 3 et les deux milieux défensifs axiaux allemands, les joueurs de Deschamps ont utilisé la largeur :

- par les montées de Pavard et Hernandez.
- par l’utilisation des ailiers, souvent M’Bappé et Benzema qui réussissaient parfois à se réaxer et déclencher une frappe.

L’équipe de France a donc plus souvent créé le danger, et aussi marqué, par des transitions rapides qui ont déstabilisé le bloc allemand. Pour se sortir d’un contre-pressing aussi agressif que l’a été celui de la Mannschaft, il fallait donc de la rapidité dans les prises de décisions des joueurs. C’est par ce type de prise de risques que les Français ont pu être dangereux. On mettra en avant la qualité technique des 3 milieux de terrains – Pogba, Kanté et Rabiot - qui auront réussi à se sortir de certaines situations délicates pour alimenter leurs attaquants.

Thomas Fullenwarth

 

Date de publication: 16 juin 2021

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