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Euro 2020

Italie 2 -1 Belgique : L'analyse tactique

On ne va pas se le cacher, hier soir à Munich, ce Belgique-Italie était un peu la finale avant l’heure de cet Euro 2020. Et, en tant qu’amateur de football, neutre ou pas, on n’a pas été déçu par cette rencontre qui a tenu toutes ses promesses ! Lorsque deux équipes de ce niveau se rencontrent, avec aussi peu d’écart sur le papier, on s’attend logiquement à un match équilibré où le vainqueur sera celui qui aura montré le moins de failles. L’Italie est un vainqueur logique tant le groupe de Mancini a été performant dans les différentes périodes du match.

Si les Italiens ont eu de l’ambition dans leur jeu offensif, mais aussi dans leur plan de jeu défensif, ils ont également été bons lorsqu’il a fallu redescendre le bloc et subir à partir de la 70ème minute. A partir de ce moment, il était très compliqué pour les Belges de retourner un adversaire aussi réglé collectivement. Les Diables Rouges n’ont pas réussi à « innover » et sortir de leurs deux schémas de jeu habituels pour déséquilibrer le collectif italien. L’Italie a gagné cette « finale » et a renforcé, et surtout légitimé son statut de favori.

La clé tactique de l’Italie : Le contre-pressing

Robert Mancini proposait un système en 4-3-3 avec un milieu en triangle pointe basse. Tant la possession italienne a été importante pendant 70 minutes, on a rarement vu le bloc de la Squadra Azzurra en place. Lorsque cette situation est arrivée, on constatait le placement des deux milieux centraux situés plus haut, Verratti et Barella, bloquant les connexions de passes belges vers Witsel et Tielemans. Sur les côtés, on ne pouvait qu’apprécier l’assiduité défensive des ailiers, Insigne et Chiesa, se rapprochant de leurs défenseurs latéraux. Si Insigne a eu moins de travail, étant donné que Thomas Meunier attaquait seul 99% du temps, le travail de Chiesa a réellement soulagé son défenseur latéral et a permis une gestion à deux de la vitesse de l’ailier belge Jérémy Doku. Le pénalty belge a d’ailleurs été provoqué au seul moment du match où Chiesa a été en retard dans son replacement défensif. En 1 contre 1, et sans soutien, le latéral Di Lorenzo a été dépassé par la percussion de Doku (1-2, 45+1, Lukaku).

Ce qui a réellement fait la différence entre l’Italie et la Belgique, c’est l’ambition des joueurs de Mancini à appliquer un contre-pressing immédiat à la perte du ballon. Cette prise de risque s’est avérée payante car elle a permis aux Italiens de prendre le pas psychologique sur leurs adversaires. Imaginez comme il devait être compliqué, pour les Belges, de s’arracher pour récupérer un ballon qui, 3 fois sur 4, était perdu dans les 5 secondes. Impossible de respirer, de calmer le rythme du match et donc de reprendre la main sur le jeu. Le succès de ce contre-pressing a été rendu possible grâce à l’implication des 10 joueurs de champ et donc par une force collective impressionnante. Cela permet de mettre en avant une performance comme celle de l’avant-centre Ciro Immobile, malheureux offensivement, mais essentiel en tant que 1er défenseur à la perte de balle. Grâce à cette stratégie, l’Italie a eu un temps fort important qui a atteint son apogée, à la demi-heure de jeu, avec le but de Barela. (1-0) En effet, sur cette action, on a pu observer un nouveau contre-pressing italien qui a forcé le capitaine belge Vertonghen à se tromper dans sa relance. L’interception de Verratti, qui sera le passeur décisif, illustre encore cette ambition italienne de défendre en avançant.

Il est important de redire que la stratégie du contre-pressing est une vraie prise de risque. En effet, lorsque les Belges réussissaient à se sortir de cette zone de jeu et à se projeter vers l’avant, le danger était immédiat et venait du fait que 6 ou 7 joueurs italiens étaient éliminés d’un coup. En 25 minutes, les Italiens sont passés proche de la punition, sur des frappes de De Bruyne et Lukaku, et ont été sauvés par un très bon Donnarumma qui, s’est donc, lui aussi, fondu dans le collectif de son équipe par ses arrêts. Lorsque Roberto Martinez, à la 69ème minute, a fait passer son équipe en 4-4-2, le sélectionneur Mancini a clairement fait le choix de descendre son bloc pour de bon et jouer la défense à fond. En passant en 4-5-1 à la 73ème minute, puis en 5-4-1 à la 79ème minute. Titulaires comme remplaçants, tout le monde est allé au mastic pour réussir à garder ce but d’avance. Les récupérations de balle se sont enchainées et ont été bonifiées par le temps (gagné) passé au sol de certains joueurs. Dans ces situations, un peu de vice ne fait jamais de mal !

Italie : Une justesse technique et de l’intensité pour appuyer sur les failles adverses

Rapidement, on a pu observer que le collectif belge fonctionnait moins bien défensivement. (1ère faille). Les Italiens ont donc, lors des phases d’attaques placées, mis beaucoup d’intensité dans leurs déplacements pour dézoner et installer un surnombre (et donc un joueur démarqué) dans les 40 derniers mètres belges. On a pu se régaler avec de longues phases de possession rendues possible par la qualité technique de chaque passe. La seconde faille belge se trouvait du côté droit puisque Thomas Meunier était complètement isolé défensivement et ne bénéficiait pas du soutien défensif de son ailier supposé (De Bruyne). Manque de bol, le côté gauche Italien, Spinazzola-Insigne, est en feu depuis le début de l’Euro. Le second but vient d’ailleurs de ce côté puisque le petit ailier de Naples a pu parcourir 40 mètres, seul, balle au pied et frapper au but facilement. Pourquoi ?

- Car Meunier n’a pas pu sortir de sa zone. Il gérait le placement haut de Spinazzola.
- Car Insigne est arrivé à pleine vitesse et a facilement pu éliminer Tielemans, sorti complètement à contre-temps de l’axe du terrain.

Le but d’Insigne a aussi été favorisé par le fait qu’aucun des défenseurs centraux n’est sorti de sa ligne pour gêner sa frappe. On notera enfin la qualité de la frappe d’Insigne. Une quasi-perfection obligatoire pour échapper aux tentacules de Thibaut Courtois. (43ème, 0-2)

Belgique : Défensivement, trop de failles.

Dans le chapitre « offensif » italien, on a pu avoir un aperçu des failles défensives belges. Contrairement aux Italiens, le pressing des 3 offensifs belges n’a pas été performant et a rendu trop faciles les premières relances de l’adversaire. Ces relances créaient déjà un décalage qui n’était pratiquement jamais rattrapé du fait de déplacements défensifs à réaction. Nous avons également mis en avant la faiblesse du côté de Thomas Meunier qui, tout seul, a vécu un petit calvaire jusqu’à sa sortie. Ce côté a été surexploité par les Italiens. Rien de plus à dire sur ce chapitre, hormis de préciser que le manque de collectif défensif belge a eu deux incidences qui ont influencé le match :

- Une grosse débauche d’énergie pour compenser tous les décalages créés
- Une domination technique et psychologique des Italiens

Belgique : Trop peu de diversité en ne se limitant qu’à deux schémas de jeu préférentiels.

Lorsque l’on évoque les Diables Rouges, on met en avant une génération de joueurs talentueux. Hier soir, on ne peut pas dire que les Belges n’ont pas mis de qualité dans leur jeu offensif. En effet, pour se sortir du contre-pressing italien, il fallait obligatoirement être très juste techniquement. Lorsque cela a fonctionné, on a pu assister à des dribbles ou des échanges de passes de haute qualité amenant directement le danger sur les buts de Donnarumma. Seulement, face à un bloc défensif italien aussi solide collectivement, les Belges n’ont jamais innové et se sont limités à deux schémas de jeu préférentiels correspondant à deux situations distinctes :

1er circuit – Lorsque le pressing italien ne permettait pas de ressortir court et au sol :
- Jeu long vers Lukaku qui tentait de garder le ballon pour permettre à son bloc de remonter et forcer les Italiens à se replacer. Seulement, l’avant-centre est tombé sur deux sacrés clients que sont Chiellini et Bonucci et a perdu beaucoup de ballons.

2ème circuit - Attaques placées :
- La densité axiale italienne obligeait les Belges à amener le ballon sur les côtés.
- Le circuit était : Défense -> Milieu de terrain axial -> Passe sur le côté -> Centre

Dans le cas du 2ème circuit préférentiel, on a pu se rendre compte que les Belges ont placé tous leurs espoirs sur le jeune Doku et sa puissance de feu. Le gamin a fait ce qu’il a pu et a dominé son adversaire direct obtenant même un pénalty. Très étonnamment, les Diables Rouges ont insisté sur ces deux schémas de jeu et n’ont pas su (pu ?) changer leur façon d’attaquer alors que les Italiens avaient la maitrise défensive. Lorsque l’on choisit de ne plus surprendre l’adversaire, la seule façon de réussir est la perfection technique, tactique et physique. Or, hier soir, les Belges n’avaient mis aucun de ces 3 curseurs à 100% et n’ont que trop rarement réussi à mettre en réel danger Donnarumma et sa défense. Pourtant, le passage à un milieu à 4 à apporté un nouveau souffle à l’équipe de Martinez. Mais la réponse tactique de Roberto Mancini a réduit encore un peu plus les possibilités belges.

Thomas Fullenwarth

Date de publication: 03 juillet 2021

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