Lire l’article
Reuters

Euro 2020

Italie - Espagne : L'analyse tactique

On se croirait dans un match de FIFA tellement l’affiche et le stade dans lequel elle se tient font rêver. Et si, sur une console, ce match nous tend déjà tout le corps, la rencontre d’hier soir nous a également donné de belles émotions.

On ne s’attendait pas forcément à ce que l’Espagne ait autant la main mise sur le ballon et on se demande encore comment ils ont pu perdre cette demie en ayant eu autant de possession. Comme contre la Belgique, les Italiens se sont adaptés à l’adversaire et ont maintenu leur intensité défensive pendant plus de 120 minutes tout en sachant être dangereux offensivement. Mine de rien, les joueurs de la Squadra Azzurra ont toujours gardé la tête bien au-dessus de l’eau grâce à un collectif fort et un coach effectuant les bons réglages. Terminer cette rencontre sur une séance de tirs au but est toujours difficile à avaler pour l’équipe perdante… Mais pour nous, spectateurs et téléspectateurs, la terminer sur ce petit saut de Jorginho nous a permis de clôturer cette soirée avec un petit nuage de lait dans notre tasse de thé londonienne.

La clé offensive de l’Espagne : le faux numéro 9

Le sélectionneur Luis Enrique mettait donc en place un système en 4-3-3 avec ce fameux « faux numéro 9 » que l’on retrouve souvent dans les formations de Pep Guardiola à Manchester City. En phase de possession espagnole, lorsque les défenseurs avaient le ballon, on observait un bloc italien placé assez bas mais surtout avec le trio de milieux Verratti-Jorginho-Barella presque en marquage individuel sur les 3 milieux espagnols Pedri-Busquets-Koke. Le but de Roberto Mancini était clairement de bloquer ces 3 détonateurs identifiés des attaques espagnoles. C’est précisément dans ce cas de figure que le faux numéro 9 de Luis Enrique, Daniel Olmo, apportait une plus-value. En effet, Olmo décrochait systématiquement pour amener un surnombre dans la zone des 3 milieux italiens et se démarquer pour créer une solution de première relance verticale. Soit c’était lui qui était trouvé, soit Jorginho venait se placer sur lui et libérait un milieu espagnol, souvent Pedri. Lorsque cette 1ère relance était trouvée, l’objectif des Espagnols était de garder le temps d’avance gagné par ce décalage créé. Les actions se terminaient en moins de 5 passes.

Ce plan de jeu nécessitait une grosse qualité technique de la part des Espagnols et c’est ce qui s’est passé. (88% de passes réussies ! Et quand vous verrez le nombre de passes effectuées…) Leur performance, à ce niveau, leur permettait, lorsqu’ils sentaient que l’attaque placée déclenchée n’irait pas au bout, de ressortir le ballon, parfois jusqu’au gardien, pour repartir de zéro. C’est d’ailleurs pour cela que les chiffres de possession de balle (78%) et de passes (908 !!) sont aussi importants du côté de la Roja. Cependant, l’équipe d’Espagne n’a pas concrétisé sa possession et a même encaissé le 1er but du match (1-0, 60ème, Chiesa). Il est vrai qu’au retour des vestiaires, Roberto Mancini a un peu modifié son système défensif, ce qui a réduit les possibilités espagnoles de trouver cette fameuse 1ère relance verticale. Nous verrons dans le chapitre italien ce que le sélectionneur italien a mis en place. Après le but de Chiesa, Luis Enrique a fait rentrer Alvaro Morata pour ajouter un second attaquant axial aux côtés de Daniel Olmo. Ce changement a permis d’apporter ce qui manquait à Olmo dans ses décrochages : un joueur très proche de lui. Jusqu’ici, quand il était trouvé, Olmo décalait le ballon sur ses ailiers alors qu’avec Morata, il pouvait aussi enchainer et donc garder le ballon dans l’axe. Le but de Morata illustre la plus-value de cette proximité. (1-1, 80ème). En effet, si sur ce but, c’est Morata qui décroche, le scénario est identique aux attaques placées espagnoles de la première mi-temps :

- Relance verticale d’un défenseur sur Morata qui a décroché derrière Jorginho
- Morata se retourne et profite de la présence de Daniel Olmo pour faire un une-deux et terminer l’action

Les attaquants étant plus rapides que la charnière centrale italienne, ce une-deux a permis de faire la différence face à un bloc déséquilibré par cet oubli sur le décrochage. L’Espagne a donc marqué grâce à un décrochage de l’un de ses numéro 9 et en seulement 3 passes.

Quelle a été la limite défensive du bloc de l’Espagne ?

Le plan de jeu offensif de Luis Enrique a été une prise de risque offensive mais aussi défensive. Lorsque les Espagnols perdaient le ballon dans les 30 mètres adverses, ces derniers appliquaient un contre-pressing qui forçait la perte de balle italienne. Lorsque les Italiens réussissaient à se sortir de ce pressing, les joueurs de la Roja commettaient la « faute intelligente » pour couper court à un éventuel contre adverse. On notera que cela a été bien fait puisque le 1er carton jaune sera pris par Busquets à la 51ème minute (seulement). Lorsque les Italiens réussissaient réellement à enclencher leurs contres, on observait que le bloc espagnol était haut, ce qui est logique étant donné leur prise de risque offensive (ils terminaient leurs actions à 5 ou 6 dans la surface de Donnarumma). De ce fait, il y’avait de l’espace dans le dos des défenseurs de la Roja et c’est de cette façon que le danger italien a plané pendant tout le match. Si la charnière centrale Laporte-Eric Garcia a plutôt maitrisé la gestion de la profondeur, il aura suffi qu’ils se trompent une fois pour encaisser le but italien. Luis Enrique a donc donné toute sa confiance à ses 4 défenseurs qui lui ont globalement rendu sa confiance.

Qu’a changé Roberto Mancini, à la mi-temps, pour contrarier le plan de jeu offensif de l’Espagne ?

Au coup d’envoi, Mancini proposait également un 4-3-3. Comme les Espagnols, le milieu de terrain axial avait pour mission de bloquer les connexions de passes vers les 3 milieux axiaux espagnols. Comme évoqué plus haut, les Italiens ont été mis en difficulté par les décrochages de Daniel Olmo. A partir de la 38ème minute, on a pu constater que Bonucci se décidait à suivre les décrochages du faux numéro 9 espagnol. Cela contrariait déjà le plan de jeu des joueurs de la Roja qui perdaient un peu plus de ballons. Cela permettait également aux Italiens d’augmenter leur possession de balle et de remonter un peu leur bloc. Au retour des vestiaires, on constatait que le rôle défensif de l’avant-centre italien Ciro Immobile avait changé. Ce dernier redescendait se placer sur Sergio Busquets. Ainsi, les 3 milieux axiaux italiens pouvaient gérer Koke et Pedri, plus offensifs que Busquets, mais surtout Daniel Olmo. Cela fonctionnait puisque ce choix rendait la possession de balle de la Roja encore plus stérile. Le bloc de la Squadra Azzura devait donc redescendre de 10 mètres et éloignait encore plus les joueurs italiens du but espagnol… Mais cette distance sera compensée par la débauche d’énergie de leurs attaquants pour réussir à ouvrir le score.

Offensivement, il aura fallu que les Italiens réussissent à se sortir du pressing espagnol pour enclencher leurs contres et jouer sur leur vitesse. On notera d’ailleurs que lorsque Lorenzo Insigne est passé en position d’avant-centre à la 61ème minute, ses décrochages offriront à ses défenseurs de précieuses opportunités de relances et donc, de contres. Face à un bloc espagnol également bien en place, il aura à chaque fois fallu un dépassement de fonction des défenseurs pour créer du danger en phase d’attaque placée. On pourra prendre l’exemple de la 20ème minute et cette montée, balle au pied, de Chiellini qui permettra de libérer Verratti qui lancera Emerson sur le côté gauche.

Thomas Fullenwarth

Date de publication: 07 juillet 2021

0 Commentaire

Voir tous les Commentaires

Sur le même sujet