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Reuters

Euro 2020

L'heure des retrouvailles

Jusqu’ici plutôt terne, l’Euro 2020 se voit offrir sa première belle affiche ce soir avec l’affrontement entre la France et l’Allemagne. Le champion du monde en titre va donc pouvoir s’offrir un test grandeur nature, face à une Mannschaft certes moins terrifiante que le passé, mais qui compte bien offrir une belle dernière compétition à son entraîneur, et surtout prendre sa revanche de l’Euro 2016…

C’est de ces rencontres qui sont assurées d’offrir un spectacle à la dramaturgie énorme. De celles qui ravivent encore et toujours des anciennes blessures, querelles, et souvenirs inoubliables. 1982, 1986, 2014, 2016… Chaque affrontement entre la France et l’Allemagne dans une compétition majeure revêt toujours un aspect qui sort du cadre du football, et livre une rencontre couperet, à l’issue incertaine.

Une France trop confiante ?

Ce nouveau cru ne devrait pas déroger à la règle. Oui, ce clash n’a lieu qu’au niveau des poules. Mais l’enjeu, tant sportif que de fierté est tout aussi présent et palpable. Et, dans ce groupe de la mort, le moindre faux-pas pourrait coûter extrêmement cher. La France avance dans un climat assez particulier. À la fois bercée de certitudes mais aussi plongée malgré tout dans une spirale d’interrogations, l’équipe tricolore interroge autant qu’elle est enviée. Avec objectivement parlant le plus bel effectif de la compétition, et la confiance avec eux, les Bleus ne se cachent pas de leur objectif de victoire finale, le criant peut-être trop sur tous les toits. Car malgré tout, certains doutes subsistent au sein du groupe français. Offensivement, déja. Si le retour de Benzema a largement plu à la majorité de la population, il n’en n’implique pas moins un sérieux changement dans la configuration de jeu offensive, et ce à quelques semaines du début de la compétition. Aussi talentueux que soit l’attaquant madrilène, sa présence parmi les sélectionnés nécessite de changer un sytème connu mais ayant déja fait ses preuves lors de ces dernières années.
Et, au-delà de ça, et sans réellement pouvoir dire si tout est lié, quelques désaccords ont semblé ressortir ces derniers jours et pour la première fois dans la presse. Les bisbilles entre Olivier Giroud et Kylian Mbappé, ainsi que l’imbroglio sur les tireurs de penalty ont indubitablement semé un peu de zizanie dans le groupe.

Aussi, et on ne peut les critiquer pour cela, l’équipe de France est championne du monde. Un véritable accomplissement qui peut jouer quelques tours à un groupe déjà rassasié. Un adage célèbre clame qu’arriver en haut de la montagne n’est pas aussi difficile que d’y rester, et les expériences récentes ont généralement confirmé cette théorie. Ainsi, avec la perte de cette motivation et rage liée à la recherche d’un trophée peut apparaître une baisse de la solidarité, de l’effort constant et du dépassement de soi. Tant de facteurs qui permettent non pas d’enlever à la France son statut de favori, mais bien d’installer quelques doutes.

Une Allemagne plus forte qu’il n’y parait

Du côté allemand, la situation semble symétriquement différente. Dans le trou depuis le fiasco de la Coupe du Monde 2018, la Mannschaft espère pouvoir enfin passer à autre chose en s’offrant un parcours bien plus digne de son statut. Les polémiques n’ont pas échappé ces derniers temps aux hommes d’un Joachim Low particulièrement impopulaire dans le pays. La faute à des choix critiqués (la mise au ban de joueurs emblématiques de l’équipe, absence de renouveau,...), mais aussi à un refus de lâcher son poste au moment où beaucoup estimaient qu’il était temps de tourner la page.

C’est en ce sens que l’annonce de son départ à la fin de la compétition pourrait jouer en la faveur de l’équipe nationale. Délesté de cette pression constante des résultats et de l’hostilité du public, l’entraîneur est ainsi redevenu, si ce n’est populaire, mais respecté pour l’ensemble de sa très longue oeuvre à ce poste de sélectionneur. Ainsi, le doyen des coaches de l’Euro 2020 (quinze ans en place) peut retrouver un semblant de quiétude, et terminer avec panache près de deux belles décennies en tant qu’entraîneur. Et ses joueurs devraient assurément eux aussi vouloir achever cette aventure sur un bon résultat, bien meilleur que lors de la dernière compétition majeure.

Et à bien à y regarder, il n’y a rien de déconnant à voir en l’Allemagne un outsider crédible pour la compétition. Son expérience déjà tend à mettre la débâcle du mondial en Russie sur le compte de l’exception faisant la règle. La Mannschaft est en effet bien plus habituée à jouer les premiers rôles des grandes compétitions mondiales et être une terreur de la compétition. Une ambition qui peut largement être revendiquée en analysant l’effectif impressionnant des allemands. À chaque poste se trouve ainsi des références, et l’arrivée d’une nouvelle garde semble enfin avoir été incorporée par l’intégralité de l’effectif. Samuel Neuer, Joshua Kimmich, Ilkay Gundogan ou encore Thomas Müller : tant de noms qui devraient assurément assumer leur statut de leaders pour booster une équipe certes fragile, mais bien plus dangereuse qu’il n’y parait.

Et, au-delà de la compétition dans sa totalité, l’Allemagne a un compte à régler avec son voisin. C’est lors de ce dernier Euro que la France a enfin réussi à conjurer le sort en remportant une victoire pas nécessairement mérité mais ô combien mémorable en demie-finale de l’Euro 2016. Un camouflet après des années de domination du pays germanique face à une de ses meilleures victimes. Ainsi, au même titre que la Coupe du Monde en Russie en 2018, une victoire allemande ce soir pourrait bien confirmer que cette victoire des bleus n’était-elle aussi qu’une exception qui ne faisait que confirmer la règle.

Date de publication: 15 juin 2021

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