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Euro 2020

République Tchèque 1-2 Danemark : l'analyse tactique

N’ayons pas peur de le dire ! Après avoir assisté à un grand Belgique-Italie ce vendredi, on se demandait ce qu’allait donner le 3ème quart de finale entre 2 outsiders de cet Euro 2020. Précisons bien que ces deux équipes ont amplement mérité le droit de jouer ce match !

Permettons-nous alors un petit parallèle entre ces deux matchs et un séjour de vacances (bien qu’on n’ai pas vu le soleil depuis des semaines… promis nous sommes en été !) Fermez les yeux et imaginez ce resto étoilé sélectionné avec soin, choisi pour se faire plaisir et vivre une belle soirée de vacances. (Belgique-Italie) Et, le lendemain, vous tombez par hasard sur un petit restaurant et ses 4 ou 5 tables en terrasses au détour d’une ruelle. (Rep.Tchèque-Danemark) Vous tentez le coup et… oh la belle surprise ! Une cuisine simple et efficace menée par deux chefs (les sélectionneurs) et un service de qualité assuré par une équipe sérieuse et investie (l’ensemble des joueurs). Vous ressortez de ce restaurant avec le sourire, le ventre plein, et surtout l’envie d’y revenir le lendemain…et même le surlendemain. Bref, vous avez trouvé votre adresse des vacances ! On sera donc ravi de retrouver les Danois en demi-finale mercredi prochain et… si cela avait été les Tchèques, on aurait été heureux aussi ! Nous allons analyser ce match qui a vu des Danois un peu plus constants que des Tchèques volontaires mais un peu naïfs à certains moments. On relèvera également la belle bataille tactique entre les deux entraineurs.

République Tchèque : Une certaine naïveté dans un plan défensif un peu scolaire, ce qui aura coûté la première mi-temps et donc le match.

Le sélectionneur tchèque Jaroslav Sihavi proposait, au coup d’envoi, une formation en 4-2-3-1. D’entrée de jeu, on a pu observer une certaine ambition dans la hauteur du bloc tchèque. En effet, on constatait l’application d’un pressing haut pour mettre une grosse pression sur la relance danoise. On avait l’impression que cela fonctionnait puisque les Danois étaient déjà un peu en apnée. Malheureusement pour les Tchèques, la 1ère sortie de balle réussie par les Danois fera ressortir le côté naïf des joueurs de Sihavi. Sur le corner concédé, il aura suffi au buteur danois de rester immobile pour se démarquer. En effet, la gestion des déplacements danois a été catastrophique puisque le duo Kalas-Sevcik au marquage du duo Delaney (le buteur) - Vestergaard suivra aveuglément l’appel premier poteau de Vestergaard. Delaney pouvait donc armer sa tête sans aucune pression (0-1, 5ème). On notera d’ailleurs que le second corner danois donnera lieu à une situation identique… 3 minutes après le but. La stratégie de pressing du coach Sihavi était complètement gâchée. Face à des Danois se projetant offensivement à seulement 4 ou 5 joueurs maximum, on remarquait aussi un déficit de vitesse de la part des défenseurs tchèques qui étaient souvent pris dans la profondeur.

Un second élément marquant la naïveté évoquée dans le titre de ce chapitre puisqu’il n’y avait pas d’anticipation dans la gestion des appels danois. On peut penser que prendre quelques mètres de recul avant la relance adverse aurait pu faciliter la vie des défenseurs de la République Tchèque. Sur le second but Danois, on a pu observer la « scolarité » des joueurs tchèques. Avec un bloc bien en place, et notamment un milieu de terrain axial bloquant les connexions de passes entre la défense adverse et les milieux Delaney et Hojberg, il aura suffi aux défenseurs centraux danois de venir apporter le surnombre balle au pied. Cela a totalement déséquilibré le bloc tchèque qui, très en retard après seulement 2 passes, encaissait le second but (0-2, 41ème, Dolberg). Au retour des vestiaires et après un passage en 4-4-2, on constatera que la République Tchèque reprendra le match comme elle l’a commencé : en mettant une grosse pression sur la défense adverse. Cela portera directement ses fruits avec la réduction du score (1-2, 48ème, Schick). Encore une fois, les Danois étaient étouffés et recommençaient à vaciller. Nous verrons ce qui, tactiquement, a changé dans le 3ème chapitre.

Danemark : Un système de jeu en 5-3-2, comme les Belges, mais une façon différente de l’utiliser.

Le sélectionneur Kasper Hjumland proposait un système de jeu identique à celui de la Belgique. Il y’avait quelques différences tout de même :

- Les défenseurs latéraux étaient positionnés plus bas que les pistons belges. En effet, en phase de construction, ces deux joueurs étaient à la hauteur de leur défense centrale pour pouvoir effectuer, eux aussi, la première relance.
- Les Danois ont joué avec un vrai ailier droit et non avec un électron libre, comme l’avait été Kévin de Bruyne. De ce fait, la largeur était bien utilisée.
- Au niveau des deux milieux centraux, Hojberg et Delaney, on observait systématiquement une participation offensive de Delaney qui terminait toujours les actions. (Witsel et Tielemans restaient toujours en place)

Sur la ligne d’attaque, on observait beaucoup de mouvement de la part du trio Braithwaite-Dolberg-Damsgaard avec de nombreux changements de zone. Plus rapides, ces joueurs mettaient à chaque fois en difficulté la défense adverse. Comme évoqué dans le chapitre précédent, les Danois auront réussi à marquer le second but grâce à un dépassement de fonction des deux défenseurs centraux Vestergaard et Christensen. Ces derniers ont pris le risque de sortir de leur ligne, balle au pied, pour apporter un surnombre qui s’avèrera payant sur le second but. Défensivement, le Danemark a fait le choix de positionner un bloc bas, et 3 lignes les plus serrées possible, pour fermer les espaces dans l’axe et pousser les Tchèques à passer par les ailes. Si cette stratégie a globalement fonctionné, elle a aussi posé un problème.
Au départ, les attaquants danois devaient se positionner au niveau des milieux centraux tchèques pour permettre aux 2 milieux centraux d’être proches de leur défense. A partir du moment où le trio d’attaque a baissé d’intensité dans leur replacement défensif, ce sont Delaney et Hojberg qui ont dû s’avancer de 10-15 mètres pour mettre la pression sur les organisateurs tchèques. On constatait alors que les défenseurs danois ne suivaient pas le mouvement et restaient très bas. Un espace important, entre les deux lignes, se créait et permettait aux Tchèques de trouver des passes verticales entre les lignes. On voyait même, à chaque fois, Hojberg lever les bras pour demander à se défense de suivre le mouvement. C’est à l’heure de jeu que le sélectionneur danois corrigera ce problème en remplaçant un attaquant par une sentinelle qui viendra sécuriser cette zone juste devant la défense.

Explication du scénario de la bataille tactique entre les deux sélectionneurs.

Ce République Tchèque-Danemark a donné lieu à un sacré combat sur le terrain mais aussi à une belle bataille tactique entre les deux coachs. Nous allons simplement les détailler en expliquant leurs choix mais aussi leurs effets.

Reprise de la 2ème mi-temps - La République Tchèque passe en 4-4-2 pour :

- Mettre plus de pression sur la défense centrale danoise, qui n’avait qu’à gérer le seul avant-centre Patrick Schick, avec un second attaquant : Michael Krmencic.
- Attaquer, à chaque fois, à deux joueurs sur les côtés.
- Ne gérant qu’un seul attaquant, c’est toujours l’un des défenseurs centraux qui se décalait pour couvrir son défenseur latéral et défendre en 2 contre 2. A partir du moment où les Tchèques sont passés à deux attaquants, ce déplacement était devenu impossible.

D’ailleurs, le but de la République Tchèque vient d’un centre du latéral droit, rendu possible grâce au dédoublement de son ailier et donc impossible à gérer par le seul défenseur latéral danois.

En réponse à ce 4-4-2, le sélectionneur danois a sorti un attaquant pour placer une sentinelle et donc installer un milieu à 3 dans le but de :

- Sécuriser la zone devant la défense centrale et empêcher la verticalité tchèque.
- Permettre aux deux autres milieux, Delaney et Hojberg d’aller aider les défenseurs latéraux, à la place des défenseurs centraux, sans trop découvrir l’axe du terrain

Ensuite, les changements ont été effectués, au fur et à mesure du temps, en fonction de l’état de forme des joueurs. Une gestion humaine et physique qui a une réelle importance lors d’un match de haut niveau et qui est optimisée grâce aux outils techniques, à disposition des staffs, comme les puces placées dans les brassières portées par les joueurs. Celles-ci permettent de connaitre la fréquence cardiaque de chaque joueur et leur capacité de récupération, de voir la zone couverte par leurs déplacements, etc. Généralement, si le membre du staff en charge de ces informations n’est pas sur le banc de touche avec son ordinateur, il est en tribune et communique en temps réel avec l’un des adjoins du coach. Pour conclure ce chapitre « coaching », il est important de rappeler que la performance tactique d’un entraineur ne peut être rendue possible que si ses joueurs s’imposent une vraie discipline et un strict respect des consignes. Si cela a été le cas lors de ce République Tchèque-Danemark, on mettra également en avant le fait que chacun des 10 remplaçants aura répondu présent et ce quelque soit leur temps de jeu. Aujourd’hui, en observant la plupart les équipes qualifiées en quart de finale, on observe une discipline tactique mise au service de l’équipe à laquelle vient se greffer le talent des joueurs. Et non le contraire comme on a pu le voir chez d’autres équipes déjà rentrées à la maison…

Date de publication: 04 juillet 2021

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