Foot féminin : paroles de joueuses

7 minutes

Anciennes internationales, la gardienne Catherine Keipes (39 ans, 13 capes) et l’attaquante Maïté Machado Palma (26 ans, 10 capes, et qui a signé cet hiver un retour au Progrès) évoquent l’évolution du football féminin, la sélection et les championnats luxembourgeois. Interview croisée.

Quelle image aviez-vous du foot à vos débuts ?

Catherine Keipes (C.K.) : J’ai commencé le football à l’école primaire. Je jouais avec les garçons pendant les pauses et j’ai tout de suite voulu jouer dans les buts. Mes parents me soutenaient, je ne me souviens pas que quelqu’un était contre.

Maïté Machado Palma (M.M.P.) : C’était à l’âge de 10 ans avec les garçons, je ne savais pas vraiment dans quoi je m’embarquais ! Forcément, on me disait souvent que ce n’était pas un sport pour les filles. Ma mère n’aimait pas l’idée que je m’inscrive, mais mon oncle l’a persuadée: « Si elle aime faire ça, laisse-la aller! »

Avez-vous le sentiment que la Ligue 1 progresse ?

C.K. : Dans mes premières années en club, le football féminin a vraiment pris du temps pour progresser mais ça va plus vite ces dernières années.

M.M.P. : Le niveau est bien meilleur qu’auparavant. Il y a plus de technique, plus de rapidité et de physique. Les conditions sont également en progression, la plupart des équipes maintenant sont même équipées pour les entraînements. Cela facilite et permet que les choses avancent dans la même direction que les hommes. L’aspect financier est également venu accentuer ce progrès, quand il y a des moyens, on peut faire plus.

Quel est votre regard sur les divisions inférieures ?

C.K. : La différence de niveau entre la D2 et la D3 est moins grande que celle entre la D1 et la D2. Cependant, l’écart de buts encaissés est parfois plus grand.

M.M.P. : La D2 a de bonnes équipes avec de bonnes joueuses également. Mais il faut être réaliste, il y a deux mondes entre la D1 et la D2. Si un club veut accéder à la D1, il devra mettre les moyens pour attirer de nouvelles joueuses et construire tout un projet pour ne pas redescendre l’année suivante. La D3, c’est souvent la division des équipes B ou des équipes qui viennent d’inscrire une section féminine.

Pensez-vous qu’une concurrence du Racing avec d’autres clubs est possible dans la durée ?

C.K. : Oui, je pense. Et je trouve que cela rend le championnat en première division plus intéressant !

M.M.P. : C’est surtout une construction depuis des années. Je pense que quand on a un groupe solide où tout fonctionne bien et qu’il n’y a pas trop de blessures, c’est difficile d’arrêter ce genre d’équipe. La concurrence avec d’autres clubs est possible, après l’aspect financier joue un grand rôle aussi : si ça venait à cesser, je pense que beaucoup de clubs perdraient des joueuses.

Le championnat n’offre à l’heure actuelle qu’une seule place en Ligue des Champions, estimez-vous cela injuste comparé à d’autres pays en Europe ?

C.K. : Non, la D1 est en évolution, en progression, et peut-être dans quelques années, sera ajoutée une deuxième place dans la Ligue des Champions. Mais d’autres pays sont plus loin dans leur évolution.

M.M.P. : Étant donné qu’il n’existe pour l’instant aucune autre compétition européenne pour les femmes que la Champions League, il faut être réaliste, le niveau de nos voisines est bien supérieur au nôtre. Si l’UEFA venait à introduire l’Europa League, alors je serais d’avis qu’une deuxième place européenne devrait s’ouvrir.

Que pensez-vous de l’apport de joueuses étrangères dans le championnat ?

M.M.P. : Bien sûr qu’elles rendent le championnat plus attractif. Elles apportent une expérience différente. Certaines ont joué au haut niveau et cela permet de voir où on en est. Je trouve que ça rapporte un plus au championnat, c’est multiculturel. Cela montre que la D1 prend de plus en plus d’importance. Donc, le niveau monte et les étrangères s’intéressent également.

C.K. : C’est très bien que des joueuses étrangères viennent jouer chez nous. Cela apporte beaucoup de choses aux coéquipières, aux clubs et au championnat. Ces joueuses apportent leur expérience, mais aussi d’autres qualités dans le football.

La sélection nationale ne s’est encore jamais qualifiée pour une compétition internationale. Comment l’expliquez-vous ?

C.K. : Quand je jouais avec le Luxembourg contre d’autres équipes nationales comme Malte et la Lituanie, on pouvait suivre notre adversaire. C’étaient aussi des « petites » nations comme nous. Je n’avais pas la chance de jouer contre des grandes nations comme c’est le cas maintenant, mais c’était quand même bien de commencer par des adversaires de notre niveau. Le niveau de notre équipe nationale progresse aussi, mais cela prend beaucoup de temps. Peut-être dans cinq ans ou plus, on se qualifiera.

M.M.P. : La sélection s’est améliorée à 100%, si on compare les résultats d’avant et maintenant, il y a deux mondes. Je pense qu’il faut plus de filles qui évoluent dans une équipe professionnelle, qui s’entraînent chaque jour à un niveau élevé, mais pas que en dames : dès le plus jeune âge en académie.

Beaucoup d’équipes féminines sont adossées à des clubs masculins. Estimez-vous que c’est une bonne chose pour le football féminin ?

C.K. : Oui, c‘est une bonne chose et je trouve que les moyens alloués avec ceux-ci sont suffisants pour pouvoir nourrir des ambitions nationales pour le moment, parce que le football féminin est toujours en évolution. Je pense qu’il faut adapter les moyens aux évolutions.

M.M.P. : Les équipes féminines sont souvent dans l’ombre de celles des équipes masculines, ce que je trouve très triste. Bien évidemment que souvent les moyens ne sont pas suffisants, parce qu’on préfère donner plus aux hommes qu’aux femmes. Ça a toujours été comme ça. Pour les femmes, on doit gagner/prouver quelque chose pour recevoir quelque chose.

Comment prépare-t-on une reconversion après une carrière de joueuse ?

C.K. : Depuis l’année dernière, j’ai commencé à réfléchir sur une reconversion après le football. J’aimerais être entraîneur de gardiens ou appartenir à un staff dans une équipe féminine. On peut préparer la reconversion encore pendant la carrière ou à la fin.

M.M.P. : J’ai fait beaucoup de clubs au Luxembourg. Pour certains une saison, et d’autres un peu plus longtemps. Au Progrès où j’ai connu mes plus belles années, le football n’était que le football. L’argent n’existait pas, c’était tout simplement du pur plaisir. L’après, j’y pense tout le temps, je me dis qu’il faut que je trouve un sport qui soit moins agressif pour mes articulations. Je me dis à chaque fois que je vais arrêter et je continue !

Que pensez-vous du rôle de la FLF dans le développement du football féminin dans le pays et l’accompagnement de l’équipe nationale ?

M.M.P. :  C’est comme un moteur, si la fédération n’accompagne pas, ça ne démarre pas. Ils ont un rôle très important, car ils doivent à l’échelle nationale être capables de promouvoir le football féminin. Ils le font bien avec le « Girls foot day », il y a beaucoup de filles qui viennent découvrir ce sport qui leur est parfois inconnu.

C.K. : La FLF fait quand même des choses pour le football féminin, l’équipe nationale inclus. Elle a changé par exemple le système du championnat avec l’introduction des play-offs. Je trouve ça bien de ne pas rester toujours sur le même système.

Le football féminin peut-il devenir un sport qui compte chez nous dans les années à venir ?

C.K. :  Non, je ne pense pas. On est encore très loin de cela et on est un petit pays. Même s’il y a quand même beaucoup de gens qui vont voir notre équipe nationale, plus qu’à mon époque quand j’étais en sélection

M.M.P. : Le football féminin en général, oui. Maintenant au Luxembourg, il y a trop d’aspects qui font que ce n’est pas possible. Les horaires défavorables, été comme hiver, le manque d’attractivité, le fait que la plupart des gens préfèrent regarder le foot chez eux devant la télévision. Il y a plus de monde au handball ou au basketball.

Propos recueillis par : Nicolas Cotten

Rédaction Mental

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