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Football

Gerson Rodrigues, l'art du rebond

Avant de découvrir la C1 pour la première fois de sa carrière avec le Dynamo Kiev mardi, l’international luxembourgeois Gerson Rodrigues a trimbalé ses dreadlocks aux quatre coins du globe. De la BGL Ligue à la Champions League, retour sur un parcours faits de coup d’éclats, de chocs culturels, d’embrouilles à l’entraînement et de retours en grâce.

Au moment d’entendre résonner les notes de l’hymne mythique de la Champions League dans le stade olympique de Kiev, Gerson Rodrigues pourra laisser resurgir de nombreux souvenirs dans son esprit.  Le joueur luxembourgeois du Dynamo Kiev a connu un parcours à la trajectoire singulière, mais comme souvent, il a toujours su lier les paroles aux actes. Depuis le début de sa carrière, le natif de Pragal, dans la banlieue de Lisbonne, a toujours débordé d’ambition, sans jamais s’en cacher. Ce que certains aimaient assimiler à de la désinvolture, n’étaient que détermination et franc parler naturel. « J’ai appris de mes erreurs. Si je n’étais pas passé par là, je ne serais pas l’homme que je suis. Je suis prêt. Je veux aller le plus haut possible et réaliser mes rêves. Je veux jouer la Champions League » lâchait-il déjà alors qu’il venait à peine de signer son premier contrat professionnel aux Pays-Bas à l’été 2017.

Deux mois seulement avant que l’Hexagone ne fasse la connaissance de ce rasta supersonique qui avait failli causer à l’équipe de France l’une des plus humiliantes défaites de son histoire,  dans un sinistre 0-0 au Stadium de Toulouse. Trois ans plus tard, sa trajectoire l’a rapproché des étoiles, la phase de groupes de la C1 où il aura l’occasion de les côtoyer en affrontant la Juventus Turin de CR7 et le Barça de Messi. Un rêve pour un gars qui jouait encore en Division Nationale luxembourgeoise à 22 ans.

Des stade champêtres luxembourgeois au temple du Camp Nou, il n’a pourtant jamais choisi le chemin le plus facile. D2 hollandaise, Moldavie, Japon, Ukraine, Turquie… Le parcours de Gerson Rodrigues est fait de choix exotiques et de frasques mais il traduit à la fois la détermination du bonhomme et sa force de caractère.  Et ses débuts de saison se ressemblent étrangement. Chaque année, on a l’impression de revivre le même scénario : des débuts fracassants dans un nouveau club où il crève l’écran pendant quelques semaines avant de peu à peu rentrer dans le rang et payer son inconstance. Un constat que même son agent concède sans sourciller : «Partout où il passe, il a l’habitude de commencer  très fort. C’est comme ça avec Gerson ». Avant parfois d’être rattrapé par une certaine forme d’irrégularité qui le freine un peu dans sa quête des sommets, et qui l’empêche aussi de s’inscrire dans la durée des équipes par lesquelles il passe. En trois ans, il a déjà connu cinq clubs professionnels, dans cinq pays différents. Une image de joueur nomade dont il  a finalement presque toujours su tirer profit pour faire monter sa côte en club et devenir la star de son équipe nationale.

« Roro », une star au Japon

Trois années plus tôt, il avait presque dû aller au bras de fer avec le Fola Esch pour quitter le Luxembourg et signer son premier contrat pro avec Telstar, en D2 hollandaise. Une pige de seulement treize matches dans la banlieue d’Amsterdam, où il marque dès son premier match et où son profil atypique attire déjà quelques convoitises. Sa relation se dégrade avec son entraîneur de l’époque, à qui il fait comprendre qu’il veut déjà aller voir ailleurs. Il prend finalement la direction du Sheriff Tiraspol, le PSG de Moldavie, pour avoir une chance de jouer une Coupe d’Europe. Huit fois buteur en championnat, il rate de peu la qualification pour l’Europa League  mais il gagne facilement le titre national avant de s’envoler à l’hiver 2018 vers la J-League et le Jubilo Iwata. Un transfert étonnant.

Au pays du Soleil-Levant, il dit devoir se plier à la discipline japonaise. « C’est un tout autre monde. La mentalité est différente. J’avais besoin de ça pour grandir » confie-t-il à l’époque au magazine de foot luxembourgeois Dribble!. Mais au Japon, il rencontre aussi un engouement sans précédent pour un joueur étranger, qui plus est, le premier joueur luxembourgeois du pays. Gerson Rodrigues devient   « Roro », une idole des supporters hippons. Sa bonne humeur et sa grinta conquièrent rapidement les fans du Yamaha Stadium, avec qui il lie une relation affective.   Ses cinq buts contribuent aux rares victoires des siens, qui n’échappent pas à la relégation en deuxième division. Sans Gerson Rodrigues, qui lors des deux matches du Luxembourg face à l’Ukraine, éblouit les recruteurs du Dynamo Kiev, qui lui proposent un contrat de cinq ans au mois d’août 2019. Le Dynamo joue les barrages de la Champions League, mais échoue face au FC Bruges et accède finalement à l’Europa League. En championnat, Gerson se distingue comme il se doit, en marquant dans la défaite face au rival du Shakhtar Donetsk. Il enchaîne les titularisations mais le club de la capitale fait du surplace. Son statut s’effrite, en même temps que son temps de jeu. 

Un mental d’acier luxembourgeois

Lors du mercato hivernal, il est prêté au club turc d’Ankaragücü, qui lutte pour sa survie en SuperLig. En Turquie, Gerson fait du Rodrigues, avec un but dès son premier match pour se mettre les fans turcs dans la poche. D’autres pions contre Fenerbahce, Istanbul Basaksehir,   puis Trabzonspor, et il devient déjà le meilleur joueur de son nouveau club. Précieux, son apport (6 buts et 2 passes en 11 matches) maintient son équipe en vie. La renaissance presque parfaite pour lui, jusqu’à début juillet, et une altercation à l’entraînement avec son capitaine. Peu d’informations filtrent sur l’incident, mais le club turc n’hésite pas à mettre un terme au prêt de l’attaquant luxembourgeois. Retour à la case Ukraine pendant l’été, sans savoir de quoi sera fait son avenir.

Mais une fois de plus, Gerson relativise la situation et promet aux « haters » qu’il reviendra plus fort. On le voit afficher ses séances d’entraînement individuel sur les réseaux sociaux. À la reprise, il réussit à convaincre le nouveau technicien roumain Mircea Lucescu de lui faire une place dans son onze, au poste d’ailier droit. Il marque son retour d’un but exceptionnel face au Shakhtar Donetsk lors de la supercoupe d’Ukraine. Une victoire 3-1 qui scelle son retour dans le club de la capitale. Il récidive face à l’AZ Alkmaar au troisième tour préliminaire de la Champions League et lors du barrage retour face aux Belges de la Gantoise (victoire 3-0). Deux buts cruciaux qui lui assurent une qualification pour la phase de groupes de la Champions League, suscitant fierté et respect dans son pays de 600 000 âmes. Et si ce n’était finalement que le début?

Yannis Bouaraba

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Date de publication: 20 octobre 2020

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