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Natation

Plouf Plouf à Lux !

L’Euro Meet fête ses 20 ans. La famille Stacchiotti veut propulser le Luxembourg dans la cour des grands de l’Europe. Marco, le père, préside. Raphaël, le fils, nage.

 

 

 

Du 26 au 28 janvier, à la piscine de la Coque, la natation luxembourgeoise sera sur son trente-et-un pour accueillir le gratin international des nageurs et nageuses. La 20e édition de l’Euro Meet est un événement majeur du sport grand-ducal, mais aussi
un des principaux événements européens. « Le Luxembourg est devenu un élément majeur sur le radar de la natation européenne, savoure Marco Stacchiotti, le président de la FLNS (Fédération luxembourgeoise de natation et de sauvetage). Il faut aller dans les meetings de Rome ou de Paris pour participer à des compétitions aussi relevées. À la fin du mois de janvier, les nageurs sortent de la période foncière de leur entraînement. Pour eux, notre meeting est l’occasion idéale de reprendre la compétition et de réaliser les premiers chronos de l’année. »

 

 

C’est Nory Kruchten, l’homme fort du club du Swimming Luxembourg, qui a été à l’initiative du premier Euro Meet. « Nory voulait que le Luxembourg existe sur la carte de la natation européenne, poursuit Marco Stacchiotti. Il a eu la volonté de mettre sur pied un événement d’envergure au Luxembourg. Influent à la LEN (Ligue européenne de natation), il disposait d’un important carnet d’adresses pour contacter les fédérations et les athlètes. Aujourd’hui, j’ai pris le relais de Nory à la LEN (le siège de la LEN, après s’être établi à Luxembourg depuis 2010, a été transféré à Nyon, en Suisse, en mai 2015, ndlr), ce qui nous permettra de présenter un plateau exceptionnel pour notre 20e anniversaire. »

 

 

Fédérations et clubs se bousculent pour inscrire leurs meilleurs nageurs. « L’évolution de l’Euro Meet a été progressive, constate le président. Avant, nous passions des heures au téléphone pour persuader les athlètes de s’inscrire. Aujourd’hui, c’est le contraire,
ce sont les athlètes qui nous contactent. Nous sommes obligés de limiter le nombre de participants à 700 nageurs dans les trois catégories, Open, Junior et Youth. La barrière des temps à réaliser pour pouvoir participer est une des plus hautes pour ce genre de compétition. »

 

 

Les noms des participants seront dévoilés dans les semaines à venir, mais le plateau sera encore riche en vedettes bardées de titres et de places d’honneur des championnats du monde et des Jeux olympiques. Le milieu de la natation luxembourgeois se souvient de 2010, quand le Français Alain Bernard est venu à Luxembourg avec sa médaille d’or de champion du monde gagnée quelques mois auparavant à Rome.

 

 

L’organisation d’un tel événement ne peut que reposer sur des bénévoles. « 80 bénévoles et 45 juges internationaux sont nécessaires pour assurer une compétition qui va compter 2 800 départs, se plaît à souligner Marco Stacchiotti. Toute la grande famille des 13 clubs de natation du Luxembourg répond présente pour assurer la philosophie de notre événement phare. Nous avons bâti le succès de l’Euro Meet sur la convivialité, l’esprit familial et le service que nous offrons aux nageurs. Nous mettons des navettes à leur disposition, mettons les petits plats dans les grands pour les recevoir et organisons un protocole avec podium, livestream sur internet et interview des lauréats. Le public répond présent puisque nous devons souvent fermer les guichets les samedis et dimanches. La Coque ne peut accueillir que 550 places, c’est un regret. »


 

 

À 7 ans, Aurélie a bouleversé la vie de sa famille


Le nom de Stacchiotti est synonyme de natation au Grand-Duché. Marco, le patriarche, a gravi toutes les marches pour atteindre la présidence de la Fédération, sauf la principale : « Je n’ai jamais été un nageur. » Cette lacune a été comblée par son fils Raphaël, qui, à 26 ans, est à la tête d’un palmarès impressionnant : deux fois champion d’Europe junior en 200 m quatre nages, il a remporté de nombreuses médailles pour le Grand-Duché, dont une flopée aux Jeux des Petits États d’Europe, et a participé à trois Olympiades – Pékin, Londres et Rio (il s’entraîne actuellement pour faire la passe de quatre à Tokyo en 2020). Il a aussi eu l’honneur d’être le porte-drapeau de Luxembourg lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Pékin.

 

 

Et pourtant, la formidable réussite des deux mâles de la famille Stacchiotti est due à une petite fille de 7 ans, la grande sœur de Raphaël. Au retour de vacances familiales au bord de la mer, Aurélie, qui avait tellement aimé patauger dans l’eau, a bassiné ses parents pour qu’ils l’inscrivent dans un club de natation. La vie de la famille Stacchiotti venait de basculer et de prendre une direction jusqu’alors insoupçonnée.

 

 

« Nous habitons Bissen, raconte Marco Stacchiotti. Nous avons inscrit Aurélie au club de Redange-sur-Attert, dans lequel je me suis rapidement investi en intégrant le comité. La piscine a été fermée pour une complète rénovation. Elle est devenue un bel instrument pour le loisir, mais pas du tout pour la compétition, ce qui a obligé le club à renoncer à ses objectifs. Nous avons alors émigré vers le club Le Dauphin d’Ettelbruck. » En 2004, Marco Stacchiotti a été élu à la présidence du club Le Dauphin. En 2009, il accepte le poste de trésorier de la Fédération et, finalement, en septembre 2014, il accède à la présidence fédérale en remplacement de Nancy Kemp-Arendt, démissionnaire après un mandat de six ans. « Il serait injuste d’oublier le rôle joué par ma deuxième fille, Daphné, qui est monitrice à Ettelbruck et fait partie du conseil d’administration de la Fédération. »

 

 

Pas de natation sans eau

 

 

La FLNS surfe actuellement sur la vague du succès. Outre le succès de l’Euro Meet et les performances exceptionnelles de ses nageurs (principalement Laurent Carnol et Nancy Kemp-Arendt avant l’avènement de Raphaël Stacchiotti), une incontestable dynamique pousse la natation luxembourgeoise vers le haut. « Plusieurs dossiers me tiennent à cœur, explique le président Marco Stacchiotti, comme celui du développement de tous les clubs du Grand-Duché, les petits comme les grands. À l’occasion de l’Euro Meet, les clubs reçoivent des tickets d’entrée qu’ils vendent à leur total profit. Beaucoup de leurs membres nous aident bénévolement pour l’organisation. C’est un win-win. »

 

 

Deux autres chantiers sont actuellement en cours. Le premier concerne le développement des écoles de natation. Depuis trois ans, la Fédération collabore avec sa consœur suisse dans le cadre d’un partenariat avec l’université de Zurich. Les chercheurs zurichois ont mis en place une nouvelle méthodologie pour l’apprentissage de la natation, depuis le premier orteil trempé dans la pataugeoire par un jeune enfant jusqu’à la première compétition. « Nous formons les entraîneurs pour qu’ils appliquent cette méthode, enchaîne Marco Stacchiotti. Tous les clubs ont répondu présents et appliquent le même programme. C’est un succès, la majorité des écoles ont des listes d’attente et ne peuvent pas répondre à la demande, par exemple 80 à Dudelange et 60 à Ettelbruck. Nous manquons d’eau, il nous faut de nouvelles piscines. »

 

 

La deuxième action, une collaboration ministère/fédération, consiste en l’installation d’équipements de haute technologie à la Coque. Un biomécanicien a été engagé pour analyser les mouvements de nageurs et l’influence de leurs mouvements sur le flux de l’eau. Un système de caméras procède à des analyses extrêmement pointues. En outre, un caisson appelé cryosauna va venir enrichir la salle de soins des nageurs. Cette technique, qui permet au corps entier de se plonger dans des séances d’une à trois minutes à des températures de -100 à -170 degrés, a des effets positifs tant au niveau de la récupération que sur l’accélération de la guérison des blessures musculaires.


 

 

Le président Marco Stacchiotti, des étincelles dans les yeux, parle de la natation avec un enthousiasme débordant. Mais ces étincelles s’éteignent lorsqu’il aborde le manque de moyens, le peu de médiatisation de son sport, les difficultés à obtenir des retransmissions télévisées en dehors de championnats du monde ou des Jeux olympiques. Cela influe sur les difficultés à intéresser les sponsors. « Nous restons un de ces sports qui fait partie des parents pauvres, conclut Marco Stacchiotti. Nous sommes très loin du football, du tennis et du cyclisme, qui bénéficient facilement de retombées permettant leur développement. » Il est vrai que le budget de l’Euro Meet culmine à 125 000 €, quand celui du BGL BNP Paribas Luxembourg Open de tennis dépasse les 1 500 000 €.

 

 

 

Texte : Christian Van Herck

 

 

 

Photos : MENTAL! Studio

 

Date de publication: 25 janvier 2018

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