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Sports d'hiver

Anne-Flore Marxer : « J’ai voulu faire comprendre que ça peut être valorisant d’être une femme »

En novembre dernier, le public du Luxembourg a eu l’opportunité de rencontrer Anne-Flore Marxer, championne du monde de snowboard freeride, lors de la projection de son film « A land shapped by woman », à Mamer. L'athlète qui lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes dans le sport nous parle de la genèse de ce projet et de ses combats passés, présents et futurs.


Comment « A land shapped by woman » a-t-il été accueilli par le public luxembourgeois ?


Au Luxembourg, comme à chaque fois, tout le monde était ravi lors de la présentation de « A land shapped by women ». C’est un film qui amène quelque chose de positif. C’est toujours agréable pour moi de voir ce qu’il déclenche chez les gens. L’égalité des genres peut enfin être quelque chose perçu comme positif. L’accueil a été très chaleureux de la part des Luxembourgeois lors de la soirée organisée par l’association des Femmes pionnières du Luxembourg.  Ça a été un vrai plaisir d’être là.

Pourquoi avoir choisi l’Islande ?


Lorsque j’ai commencé le snowboard, les femmes n’avaient pas le droit de participer aux épreuves de slopestyle car elles étaient jugées trop dangereuses pour les sportives. Il faut savoir que 40% de mon sport est constituée de pratiquantes. Il était indispensable que les femmes aient la possibilité de passer professionnelle alors je me suis impliquée pour faire changer les choses. À force de pétitions et d’articles sur le sujet, après 17 ans de combat pour justifier la place des femmes dans un sport, j’avais gagné des combats, mais j’étais fatiguée...
J’avais besoin de trouver un peu de quiétude, dans un lieu paisible. Je savais que l’Islande était bien plus en avance en matière d’égalité des genres. Je voulais y rencontrer des femmes, savoir comment elles vivent, partir à leur découverte.  Je n’ai pas voulu écrire quoique ce soit avant d’avoir passé un hiver là-bas.


Qu’avez- vous voulu montrer à travers ce film ?


Il faut comprendre que ce sport, le snowboard, était reporté uniquement par des vidéos ou des films lorsque j’ai commencé. On y voyait que des hommes. Il était très rare qu’une femme apparaisse à l’écran, j’ai toujours été « la femme parmi les hommes ». Je trouve ça pénible que le public soit composé de beaucoup de femmes mais que celles-ci ne soient pas représentées dans les productions.

On a tendance à écarter la gente féminine dans les films de montagne et à même, à mettre de côté, la notion d’accessibilité au profit d’une narration tournée vers l’exploit, le héros. On y montre des moments difficiles, des nuits dans le froid, une arrivée au sommet après de multiples péripéties... C’est un narratif qui fait peur et qui donne une impression d’inaccessibilité. Avec « A land shapped by women », j’avais aussi envie de remettre en avant des moments agréables, de permettre au public de s’approprier la montagne à travers de belles images.
Toutes ces femmes sont des exemples qui permettent de planter des petites graines d’inspiration chez le spectateur

Comment avez-vous rencontré les femmes qui apparaissent à l’écran ?


Aujourd’hui, je suis également journaliste de sports. Lors des compétitions que j’ai pu couvrir, je faisais du repérage. À côté de ça, j’ai réalisé quelques recherches sur le net pour préparer ce film et entrer en contact avec ces femmes. Toutefois, j’ai toujours laissé la porte ouverte aux rencontres pendant ce voyage. J’ai pu ainsi rencontré, par exemple, des collégiennes islandaises. Ce film est un mélange  entre un travail préparatoire et les surprises qu’offrent ce genre d’aventure.

Les  personnes que j’ai rencontrées sont extraordinaires. Toutes ces femmes sont des exemples qui permettent de planter des petites graines d’inspiration chez le spectateur. J’ai voulu faire comprendre que ça peut être valorisant d’être une femme et le sport en était un excellent parallèle car il est un miroir notre société.

Après des années de combat contre les inégalités, comment jugez-vous la situation actuelle pour les femmes dans le sport  ?


Il reste encore énormément de travail à faire. Lorsque l’on parle de sport au féminin, la comparaison est systématique avec le sport masculin. On entend tous les jours que les femmes ne sont pas à la hauteur. En 2019, la Coupe du monde féminine de football a permis de montrer que les choses pouvaient bouger. C’est très intéressant en termes de business et de valeurs : les stades étaient remplis du début à la fin de la compétition, le maillot le plus vendu sur le site de Nike était celui de l’équipe des USA et puis tout ce qu’a fait Megan Ripanoe était incroyable.

À la suite de cet événement, on a pu voir que des femmes de tous âges ont commencé à s’inscrire dans des clubs. L’impact de cette compétition a été très important et montre aux sponsors que ce business est intéressant. Le but étant de trouvé le même soutient pour les hommes que pour les femmes pour que chacun puisse vivre de son sport. Mais il y a encore du travail.
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Date de publication: 11 decembre 2019

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