Vincent Thill : « La sélection me manque ! »

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Vincent sera Thill de retour dans la liste de Luc Holtz dès mars ? © AFP

De retour depuis la fin de l’année 2024 après une blessure qui l’aura tenu éloigné des terrains plus de 9 mois, Vincent Thill aperçoit enfin le bout du tunnel. Il revient avec nous sur son retour à la compétition, la sélection et cette relation spéciale qu’il entretient avec cette dernière, et se livre comme rarement sur cette notoriété précoce qui a pu le desservir par moments. Entretien avec un joueur qui a toujours faim. 

Tu as repris en match officiel depuis trois mois maintenant, on a envie de te demander premièrement comment est-ce que tu te sens ?
Je me sens bien, ça fait du bien de reprendre la compétition. Physiquement ça va, mais il faut des minutes en match pour continuer à revenir encore mieux. Plus je jouerai et mieux je me sentirai. 

« Ce qui me rend heureux, c’est d’être sur le terrain »

Comment parvient-on à gérer l’éloignement des terrains sur une aussi longue période ? 
J’ai envie de dire qu’on n’a pas vraiment le choix. C’est difficile à gérer, car ce qui me rend heureux, c’est d’être sur le terrain. Mais cette blessure m’a aussi permis de profiter de ma famille, on a pu faire pleins d’activités et de voyages, donc je me suis bien ressourcé de ce point de vue là. 

Tu avais déjà eu une longue absence suite à l’opération de ta pubalgie en 2021, est-ce que ça t’a aidé à mieux supporter ton éloignement des terrains pour cette fois, ou c’est toujours aussi dur à vivre ? 
J’ai effectivement mieux géré d’un point de vue émotionnel et en terme d’organisation, même si les deux blessures n’avaient rien à voir. La pubalgie restait supportable en terme de douleur, alors que les croisés au début sur les 6-8 premières semaines c’est vraiment de la souffrance. À ce moment-là, ce n’est même plus le fait d’être éloigné des terrains le problème, c’est juste que tu souffres. Même après 3-4 mois, je me retrouvais à faire des exercices où j’avais encore des douleurs, donc il a fallu apprendre à gérer cette douleur du mieux possible. 

On a pour habitude de dire que les croisés restent l’une des pires blessures pour un footballeur. As-tu l’impression d’avoir conservé tes capacités d’avant ou bien tu sens que tu as un peu perdu en motricité ?
Au niveau du terrain quand je joue, je ne le sens pas et ça ne m’impacte pas. Mais quand je plie mon genou, je sens que j’ai un déficit et qu’il se plie moins que l’autre, même si continue de faire les exercices pour que ça s’améliore. Et puis tous ceux qui ont eu les croisés et avec qui j’ai pu discuter, notamment mon frère Oli, m’ont dit que ce n’était toujours pas revenu même après quelques années. Donc je garderai toujours cette petite perte de souplesse, où par exemple quand je suis sur les genoux, mes fesses ne touchent pas le talon. Mais sur le terrain, je ne le ressens pas et ça ne me pose pas de souci pour jouer. 

Comment se passe ton aventure en Azerbaïdjan, tu te plais là-bas ? 
C’est franchement une belle expérience. Le club est sympa et il y a de belles infrastructures, idem pour la ville de Bakou qui est agréable à vivre. Je dirai que ça ressemble un peu à Dubai mais en un peu moins bien. Il y a beaucoup de building, et même si c’est parfois un peu too much, il fait bon vivre là-bas. C’est bien adapté pour les enfants également, ce qui est une bonne chose puisque l’on est tous les trois avec ma compagne et mon fils. Je ne suis pas dans un trou perdu, ça reste la grosse ville du pays et c’est bien développé. 

© AFP

Et sur le terrain ? Quel type de football ? 
Le championnat reste assez physique, même si chaque équipe a ses spécificités. Il y a évidemment Qarabag, club le plus connu qui survole le championnat chaque année. Je dirais que pour notre équipe, même si c’est un peu moins le cas cette saison, nous sommes une équipe qui joue au ballon et qui joue le haut de tableau, donc on est habitué à affronter des blocs bas qui laissent peu d’espaces. Ça reste donc un championnat assez fermé quand tu joues dans un club comme le mien, puisque tu joues souvent des équipes qui t’attendent. 

Tu es en fin de contrat à l’issue de la saison : tu as parlé d’une potentielle prolongation ou pas encore ? L’idée de découvrir de nouveaux horizons te trotte dans un coin de la tête ? 
Non, rien du tout pour le moment. On va attendre de voir. J’essaie de ne pas trop me poser de questions et de cogiter. J’essaie de gratter les minutes que je peux gratter. Si c’est ici tant mieux et si ce n’est pas ici tant pis. On essayera de trouver autre chose, il n’y a pas le choix. 

On sait que ton frère Olivier était tout proche de revenir au pays au mercato d’hiver, c’est dans un coin de ta tête un retour au pays ? 
Franchement non, je n’ai pas du tout envie. À titre de comparaison, et ce n’est pas pour critiquer le niveau du championnat luxembourgeois, mais je préfère par exemple jouer en National (ndlr: troisième division française), car je considère que c’est plus compétitif tout simplement. 

Ta longue absence t’a notamment fait rater ce barrage contre la Géorgie : comment juges-tu cette campagne avec un peu de recul ? 
Certes la campagne est historique et ce qu’on a accompli est déjà beau. Mais tu as forcément toujours un petit regret de pas avoir pu aller au bout du rêve. On n’était vraiment pas loin mais malheureusement c’est le foot, on ne peut pas y faire grand chose, surtout qu’on a tout donné. Il faut juste l’accepter. 

« On a toujours pour ambition d’aller disputer une grosse compétition »

Justement ce parcours en sélection : était-ce un « one shot » ou bien penses-tu que la génération actuelle est désormais capable d’aller chercher une qualification pour un tournoi majeur prochainement ? 
Pour moi c’est l’objectif. On rêve tous de disputer une grande compétition, que ça soit les plus anciens ou les plus jeunes, et même celles qui vont arriver prochainement. On a toujours pour ambition d’aller disputer une grosse compétition. 

Le sélectionneur a beaucoup parlé du manque de joueurs de percussion en sélection pendant ton absence et celle d’Yvandro Borges : penses-tu que tu seras rappelé pour les matchs de mars ou ça sera un peu juste ? 
Je ne pense pas que ça soit juste, car je suis à 100% physiquement. Je suis prêt à jouer, mais forcément : plus je vais jouer en club et plus je serai performant en sélection. Si je ne joue que des bouts de match jusqu’en mars, je serai peut-être sélectionné mais ça sera logiquement plus dur de faire des matchs en entier avec l’équipe nationale. En tout cas, j’espère pouvoir être sélectionné. 

© AFP

Tu as pu avoir quelques contacts avec Luc Holtz durant ta convalescence ? 
Oui de temps en temps, même si les personnes avec lesquelles j’étais le plus en contact étaient surtout les kinés de la sélection ou le docteur qui lui ont fait les debriefs sur ma progression, mais sinon rien de spécial. 

Quelles sont tes ambitions avec la sélection ? Tu dois avoir hâte de revenir…
Ah oui ça c’est sûr, la sélection me manque ! Rien que rentrer pour pouvoir voir la famille… Et puis, le Luxembourg c’est la maison, donc ça fait du bien de rentrer. Pour moi, tu peux être n’importe où à travers le monde, ça ne sera jamais aussi bien que chez toi (rires). Et puis concernant le terrain, c’est un peu la même chose qu’en club, à savoir que j’irai pour pouvoir disputer le plus de minutes possibles pour me rapprocher de ma meilleure forme tout simplement. 

Même si on te voit depuis bon nombre d’années, tu viens tout juste d’avoir 25 ans. Quelles sont tes ambitions pour la suite de ta carrière ? 
J’aimerais revenir en Europe, et pourquoi pas faire comme Kiki ou Leo ont fait par exemple. Je ne dis pas que ça se fera forcément, mais j’y crois. J’ai envie de ça, je fais le maximum et j’ai toujours cette ambition là, même si je suis aujourd’hui en Azerbaïdjan. Après il faut voir, parfois tu n’as pas les opportunités, le mercato est de plus en plus compliqué… Je ne peux pas me permettre de rester chez moi à rien faire, il faut bien que je nourrisse ma famille. C’est le destin, on verra bien comment ça se passe. 

On a eu l’exemple de certains grands joueurs qui ont démarré très tôt et qui ont mis un terme à leur carrière assez tôt également (Varane, Hazard) : est-ce que tu comprends cette usure que peut avoir le haut niveau sur les joueurs ?
Oui je comprends totalement cette usure. Après, pour le cas des joueurs cités, ce n’est pas tout à fait la même situation que pour un joueur lambda. Eux peuvent se permettre d’arrêter plus tôt (rires). Les gens ont tendance à l’oublier, mais le football nécessite des sacrifices. Tu es tout le temps en train de voyager, tu t’entraines, tu fais des soins, tu vas à la salle, etc. Au final, c’est usant. Tu peux aussi atterrir dans des clubs où l’ambiance n’est pas terrible, ou bien parfois ça sera la ville qui n’est pas géniale mais tu n’as pas forcément le choix. Au très haut niveau, tu as également beaucoup de pression et des attentes élevées, donc l’usure mentale est complètement logique et légitime. 

© AFP

Tu fais partie de ces joueurs qui ont très vite été mis sous le feu des projecteurs. Considères-tu que cela t’a desservi ?
C’est difficile à dire, mais concernant mon début de carrière, je dirai simplement que je n’étais pas bien entouré. On m’a juste lancé dans le grand bain et puis « vas-y débrouille toi ». Je n’ai pas du tout été guidé sur la manière dont il fallait gérer une carrière comme la mienne où la notoriété arrive très vite. Si j’en suis là et que je n’ai pas percé, c’est avant tout à cause de moi, mais il y a pleins de facteurs à prendre en compte et dont les gens ne sont pas au courant. Entre les agents et tous les requins qui peuvent te tourner autour… Tout le monde essaie de gratter le moindre euro sur ta tête. Le football de haut niveau est très dur. 

« Si je devais changer un truc, ça aurait été de signer au Bayern »

Si tu devais peut-être changer une décision prise par le passé, laquelle ce serait ?
Je ne me plains pas de ma situation aujourd’hui car je relativise beaucoup. Il y a très peu de gens, parmi tous ceux qui prennent le départ, qui parviennent à signer pro. J’arrive à nourrir ma famille et à bien vivre grâce au foot, ce qui est déjà bien. Mais si je devais changer un truc, car ça reste un regret, ça aurait été de signer au Bayern.

Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour 2025 ?
De retrouver mon niveau d’avant en premier lieu, éviter les blessures pour cette année 2025, car je pense avoir assez donné à ce niveau-là ! Et puis de jouer le plus de minutes possibles, d’enchainer les matchs et si possible, de faire des statistiques, en club comme en sélection. 

Boris Saint-Jalmes

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